Lors des guerres, la pratique religieuse et la dévotion ne faiblit pas, bien au contraire. On prie pour le retour des siens, pour la victoire des troupes alliées, pour la défaite de l'ennemi, etc. Des symboles apparaissent qui unissent toute une population dans la ferveur religieuse. En France, Jeanne d'Arc sauve le pays, sauve les poilus, etc.

Dans l'ouvrage de Louis GILLE, d'Alphonse OOMS et de Paul DELANDSHEERE, les auteurs citent un témoignage intéressant, sur la dévotion au Sacré-Coeur à Bruxelles, en Belgique occupée et en France.  La dévotion a même repris vigueur depuis le moment où l'on s'est rendu compte que le Sacré-Coeur de Jésus mènerait les Alliés à la Victoire.

21 septembre 1918 "La dévotion reprend en temps de guerre:

"L'observateur qui note l'état des esprits et des choses dans tous les milieux est amené à constater chez les Catholiques de toutes les classes de la société un développement extraordinaire de la dévotion au Sacré-Coeur. Elle s'est si considérablement répandue depuis quelques mois qu'il faut la considérer comme une manifestation frappante de la vie familiale et sociale d'un grand nombre de nos compatriotes pendant la guerre. Il n'y a pas , en effet, que dans les églises que le culte du Sacré-Coeur, semble maintenant prédominant; dans nombre de maisons et d'appartements, la statue du Sacré-Coeur occupe une place d'honneur. Dans les églises, aux côtés de cette même statue est souvent planté un drapeau tricolore sur le jaune duquel est brodé un coeur sanglant entouré d'une couronne d'épines. Et dans bien des familles, j'ai aperçu nos trois couleurs nouées autour du socle.

"Pour me rendre compte, par un élément matériel d'appréciation, de l'extension de cette dévotion, j'ai visité les ateliers de deux importants mouleurs en plâtre de la capitale; l'un et l'autre, en temps normal, moulent toutes espèces de sujets; en ce moment, il y a chez eux, de la cave au grenier, que des statues du Sacré-Coeur en tous formats et dimensions.

"J'en ai fabriqué plus de cent mille", me dit l'un des mouleurs.

"Il est remarquable que la dévotion au Sacré-Coeur a pris ici un essor nouveau et plus considérable encore depuis quelques semaines, depuis que le bruit s'est répandu de l'apparition au front de combat de drapeaux portant l'emblème sacré. Qu'en était-il au juste? Les prêtres et les religieux interrogés à ce sujet par les âmes curieuses ne savaient que répondre, quand un beau jour - c'était en juillet dernier - des Belges fuyant Courtrai et arrivés dans nos murs montrèrent des boutions en celluloïd dont étaient porteurs des soldats français prisonniers alignés devant la gare de Courtrai. J'ai vu ces boutons; ils portent autour d'un coeur transpercé les mots "Sacré-Coeur de Jésus, espoir et salut de la France."

"Depuis, on en a su davantage. Le Belgischer Kurier qui s'édite ici, a publié dans son numéro du 30 août 1918, une lettre de son correspondant de guerre au front occidental, W. Scheuermann, lettre contenant ce passage :

"D&ans les derniers combats contre les Français, plusieurs drapeaux qui nous étaient inconnus jusqu'alors, sont tombés dans nos mains. Ce sont de petits carrés, mesurant à peu près un demi-mètre, en soie et aux trois couleurs; sur le devant, une croix brodée en or avec l'inscription : In hoc signo vinces (Par ce signe tu vaincras), et le numéro de la compagnie. Au revers, le Coeur de Jésus avec loa couronne d'épines est brodé, avec ces mots : Coeur Sacré de Jésus, espoir et salut de la France. D'après les prisonniers, ces nouvelles bannières ont été introduites dans leurs compagnies et, autant qu'ils le sachent, dans les compagnies voisines. Vu que nous avons conquis ces fanions en nous défendant. Il faut conclure qu'ils ont été enlevés à des compagnies de première ligne.

"Or beaucoup d'esprits sont frappés de la coïncidence, c'est vers ce même moment que le colosse allemand a commencé à chanceler.

"Depuis le concours providentiel n'est plus douteux aux yeux d'un grand nombre; et la dévotion au Sacré-Coeur prend des proportions que nul ne pouvait prévoir."

Source : GILLE (Louis) - OOMS (Alphonse) - DELANDSHEERE (Paul), Cinquante mois d'occupation allemande, t. IV, 1918, Bruxelles, 1919, p. 309-310.


La population participent à des processions religieuses organisées pour demander à Dieu la victoire des armées des Puissances centrales. Photo de propagande autrichienne.

Afin de soutenir l'effort de guerre de l'empire austro-hongrois, une messe est célébrée en plein air devant le Parlement à Vienne. La religion au service de la guerre et de la politique. Photo de propagande autrichienne.

Des officiers et soldats autrichiens assistent à la messe de Pâques en plein air, dans un petit bois, quelque part en Pologne occupée. Photo de propagande autrichienne.

Une messe est célébrée dans une voiture salon d'un train médicalisé. Des infirmières religieuses et des officiers autrichiens assistent à l'office.

Même en temps de guerre, les traditions et les rites religieux sont respectés. Il y a cent ans, le mois sacré de Ramadan correspondait à notre mois de février. En Egypte, la rupture du jeûne était annoncée par un coup de canon.

Espoir de paix durable en 1915 avec les cloches et les oeufs de Pâques?