Le retour rocambolesque du bourgmestre de Bruxelles, Adolphe Max, 17 novembre 1918

Après la libération des prisonniers politiques belges par von der Lancken et l’annonce officielle de l’Armistice, les Bruxellois espèrent revoir leur bourgmestre bien aimé au plus vite pour remettre de l’ordre dans sa bonne ville. L’impatience rend les Bruxellois nerveux et inquiets. Le Bruxellois a prétendu qu’Adolphe Max a été libéré et ramené par le Conseil des Ouvriers et des Soldats, qui avait envoyé un courrier par automobile à Goslar, son lieu de détention Il faut nuancer. La Dernière Heure du 18 novembre 1918 relate en détail sa libération et son retour à Bruxelles :

Le 13 novembre 1918, à 3 h., « M. l’échevin Jacqmain avait été averti par un soldat allemand de ce qu’il pouvait se rendre en auto à Aix-la-Chapelle, accompagné du lieutenant Weber, ancien secrétaire du Kreischef devenu membre du Conseil des Soldats, pour y rejoindre le bourgmestre libéré. [Le 8 novembre 1918 des révolutionnaires s’emparent de la prison de Goslar et le 13 Adolphe Max s’évade muni d’un faux passeport écrit de sa main sur une feuille de papier officiel dérobé dans le bureau du commissaire de police]. M. Jacqmain, accompagné de M. Georges Max, frère du maïeur, avait quitté Bruxelles vers 4 h. (du matin), ayant le vague espoir de rentrer le même jour et emportant avec lui des vivres et des couvertures de voyage./  M. Max qui se trouvait libéré à Goslar, au pied du Harz, quitta la ville sans aucune autorisation, jeudi [à 16 :00]. Il prit place dans un train local archicomble qui lui permit de joindre la grande ligne ferrée vers Cologne, où il arriva à 3 h. du matin, après de nombreuses péripéties./ Entretemps M. l’échevin Jacqmain et M. Georges Max, arrivés à Aix-la-Chapelle, avaient téléphoné à de nombreuses stations jalonnant la ligne afin d’avertir le fuyard. A Hagen, enfin, on parvint à le joindre. Le chef de gare l’ayant découvert dans un compartiment, lui annonça qu’il était attendu à Aix-la-Chapelle. Après un arrêt d’une heure à Cologne, notre bourgmestre qui n’avait pas été inquiété au cours de sa randonnée s’embarqua pour Aix où il arriva à 9 heures du matin. Le cher prisonnier avait accompli son voyage dans des trains militaires encombrés, archi sales et empuantis de tabagie et il en sortit dans un état tel qu’on eut aisément pu le prendre pour quelque charbonnier en rupture de travail.

A la descente du train, le bourgmestre d’Aix-la-Chapelle vint saluer très respectueusement son collègue belge./ Se tournant alors vers son frère et vers M. Jacqmain, Monsieur Max leur donna l’accolade et, comme Bonivard le libérateur de Genève, sa première pensée fut pour la capitale.

Il interrogea : Et Bruxelles ? A quoi il lui fut répondu par les plus rassurantes nouvelles./ Ce fut alors le retour en auto, au long des routes inénarrablement encombrées de la retraite allemande. L’auto traversa Liège incognito et sans arrêt. A Tirlemont, l’officier allemand qui accompagnait les voyageurs s’étant rendu à la Kommandantur et ayant averti la population de la mission qui lui était confiée, une manifestation spontanée s’improvisa. Un échevin de la ville, remplaçant son bourgmestre malade vint saluer notre grand citoyen. M. Max, acclamé par une foule énorme, remercia cordialement. [ A Liège, Ad. Max rencontra Carl Einstein et les autres membres de l’ancien Conseil des Ouvriers et Soldats de Bruxelles] Puis l’auto démarra vers la capitale où le bourgmestre mit pied à terre en face de son domicile [rue Joseph II]. Il était 9 heures et demie du soir. L’arrivée devait se faire à l’improviste. Néanmoins des voisins, des passants et des curieux s’étaient rassemblés. M. Georges Max les remercia de leur manifestation de sympathie au nom de son frère très fatigué. La réception fut tout intime./ Après le repos de la nuit, repos du juste s’il en fut, le bourgmestre de Bruxelles, mandé immédiatement à Gand se rendit, en compagnie de M. Francqui, chez le Roi. Le retour eut lieu samedi dans la nuit. Le lendemain à 2 heures, eut lieu la réception officielle. » Le 17 novembre 1918, une réception fut organisée en la Salle Gothique, richement décorée d’un drapeau belge et des couleurs bruxelloises, en son honneur. Il fut accueilli par le Ministre plénipotentiaire des Pays-Bas, des officiers américains et britanniques, les échevins Lemonnier, Steens et des membres du Conseil communal qui louèrent son courage et son patriotisme. Ensuite il descend sur le perron de l’escalier des Lions et là il s’adresse à la foule massée sur la Grand-Place. L’émotion est grande, des cris patriotiques retentissent, les Bruxellois entonnent la Brabançonne et un orchestre joue l’hymne national italien A l’occasion du discours de remerciement du bourgmestre de la Ville de Bruxelles, l’échevin Lemonnier proclame officiellement la libération de la Ville de Bruxelles !! A 8 heures du matin, le 17 novembre 1918, les derniers soldats allemands quittent Bruxelles. Le même jour les troupes belges entrent à Bruxelles, Certains régiments retrouvent leurs casernes, d’autres sont logés à la Bourse. D’autres troupes alliées (britanniques, français, belges) étaient déjà entrées dans Bruxelles, depuis le 15 novembre 1918, mais au compte-goutte, Tous les signaux allemands furent enlevés ; les horloges publiques donnent à nouveau l’heure belge. Arrestation des collaborateurs, des inciviques, des activistes, des délateurs, des déserteurs. Les réfugiés doivent s’enregistrer à l’ULB rue des Sols, ensuite ils reçoivent de la nourriture et un laisser-passer et ils sont renvoyés chez eux. Les prisonniers de guerre alliés sont regroupés par pays et ensuite envoyer dans des camps près de Bruxelles. Les Bruxellois furent contrôlés par les autorités communales grâce à la carte d’identité allemande.

[7] SIEBEN L., Op. cit., p.172-173.