Une nouveauté plutôt inutile, car plus personne n'est pressée et n'a d'argent à dépenser ... sauf peut-être les accapareurs. Ce n'est qu'un phénomène de mode, une curiosité, selon le journaliste de l'Événement illustré, 1917.


Le 21juillet 1917, il y eut moins d'incidents qu'en 1916, car les citoyens ne voulaient pas que la commune paie une amende très élevée pour désobéissance. Les magasins étaient ouverts comme tous les jours, mais les commerçants n'eurent pratiquement pas de clients ce jour-là.

Les Bruxellois qui passaient dans la rue Neuve, gardée par trois soldats allemands, se découvraient en passant sur le coin de la rue Neuve et de la rue St-Michel, près du Monument des Héros de 1830.  Découvrant le manège, la Polizei arrêta au hasard quelques Bruxellois patriotes, comme par exemple ces étudiants de l'École des Arts et Métiers de la rue d'Allemagne.

Continuons à lire la suite du témoignage de Louis Gille, Alphonse Ooms et Paul Delandsheere :

"[les activistes flamingants] refusent d'obéir à la police qui les invite à circuler. "Parlez flamands!" crient-ils aux agents [depuis la séparation administrative, Bruxelles est la capitale de la Flandre et donc il faut parler flamand à Bruxelles], qu'ils menacent de leurs gourdins. Trois d'entre eux sont aussitôt empoignés et expédiés au commissariat de la rue de Ligne, où on leur dresse procès-verbal pour rébellion et coups.

"Leur interrogatoire est à peine terminé que la police allemande arrive au commissariat pour les réclamer. On se doutait que ces énergumènes étaient de mèche avec la "polizei" de la rue de Berlaimont.

"D'autres "activistes" mêlés à la foule profitent de la circonstance pour faire de la propagande. Il y a quelques jours, un de leurs journaux, le Vlaamsche Nieuws a publié, sous la signature de Borms, membre du Conseil des Flandres, un article où le cardinal Mercier est violemment pris à partie; l'article se termine par un appel à tous les flamingants, les engageant à travailler avec ardeur pour provoquer le remplacement de Mgr Mercier à Malines par un archevêque flamand. Les "activistes", obéissant au mot d'ordre, essayent de distribuer devant Sainte-Gudule des petits papiers sur lesquels se détachent ces mots en gros caractères : "Wij eischen een vlaamsche Bisschop".

Source : GILLE (Louis), OOMS (Alphonse) et DELANDSHEERE (Paul), Cinquante mois d'occupation allemande, III. 1917, Bruxelles, 1919, pp. 346.

Le Baron Moritz von Bissing est né à Ober Bellmannsdorf (Silésie), le 30 janvier 1844. Il entre dans l'armée prussienne en 1865 et grimpe progressivement dans la hiérarchie jusqu'au grade de General der Kavallerie (1897). De 1901 à 1907, il commande le VII Corps militaire à Münster. Il prend sa retraite en 1908, mais en août 1914, il est rappelé au service actif comme commandant du VII Corps, jusqu'en novembre 1914.

Après la Première bataille de l'Yser, il est nommé le 24 novembre 1914, gouverneur - général  pour la Belgique. Par sa politique intransigeante il se fait beaucoup d'ennemis auprès des citoyens belges. C'est lui qui a signé la condamnation à mort d'Edith Cavell, c'est encore lui qui a fait arrêter et déporter en Allemagne, l'échevin bruxellois de l'Instruction publique, Emile Jacqmain. Il a également soutenu la Flamenpolitik de son gouvernement en ouvrant l'Université flamande de Gand (Université von Bissing) et en signant le 21 mars 1917, la séparation administrative de la Belgique.

Il est décédé le 18 avril 1917, au château des Trois-Fontaines (Vilvorde), sa résidence. Son corps a été exposé au Conservatoire de Musique de Bruxelles jusqu'à son transfert à Berlin, où il a été enterré dans le caveau familial, au cimetière des Invalides. Sa tombe n'existe plus.

La réquisition des métaux non-ferreux utilisés dans les ménages : tels le cuivre, l'étain, le nickel est annoncée par arrêté du gouverneur général du 13 décembre 1916, à dater du 22 février 1917. Au début, les volontaires déposent leurs objets dans les dépôts de livraison établis, e. a. à la gare du Luxembourg et à la Maison des Brasseurs. Dans un deuxième temps (le 6 mars), les habitants sont convoqués par la police locale belge pour des dépôts obligatoires. Au départ, les objets en cuivre ou en étain avec une valeur artistique ou historique sont exemptés. Des perquisitions ont lieu chez les fraudeurs.

L'hiver 1916-1917, plus précisément les mois de janvier et février 1917, est particulièrement froid. Il est d'autant plus pénible, que les Bruxellois souffrent de la pénurie de charbon, résultant des réquisitions allemandes. Des femmes avec enfants, des personnes âgées et démunies sont retrouvées mortes de froid dans leur maison. Le 14 février 1917, l'autorité allemande annonce par courrier qu'elle ne livrera plus de charbon aux écoles du Grand Bruxelles et demande dès lors aux établissements scolaires qui n'ont plus assez de charbon de fermer. Malgré la constitution d'une réserve propre pour les écoles et les particuliers les plus démunis, la Ville de Bruxelles est aussi contraintre à fermer tous ses établissements scolaires : aucune exception n'est tolérée. Les enseignants et les élèves font de la résistance, ils se réunissent en secret dans des garages, des ateliers , des maisons privées, etc. afin d'échapper à la Polizei. Certains, dénoncés par des mouchards, sont arrêtés. Les écoles libres de l'agglomération bruxelloise sont également sujettes aux mêmes restrictions.

À la mi-avril 1917, les écoles sont rouvertes, mais à condition de ne pas chauffer les locaux. Beaucoup d'écoles ont refermé leurs portes.

Pour des raisons d'économie d'énergie, les magasins doivent fermer une heure plus tôt (à 17h00 au lieu de 18h00) et les vitrines ne peuvent plus être éclairées.

Des patriotes bruxellois, bravant l'interdiction de célébrer la fête du Roi le 15 novembre, ont insulté des Allemands à la sortie de l'église. En représaille, le général lieutenant von Hurt, gouverneur de Bruxelles et du Brabant a fait afficher un avis instaurant le couvre-feu à Bruxelles et dans l'agglomération du 21 novembre à une date indéterminée, entre 20h30 et 04h00 du matin.  En outre, tous les établissements publics servant aux divertissements, hôtels, restaurants, cafés et magasins devaient fermés à 20h00.

Dans la pratique, dès 19h30, il n'y avait plus personne en rue. Quelques rares trams roulaient encore. Il fait lugubre en ville. Pour certains théâtres ce fut le coup de grâce, comme par exemple pour le théâtre des Galeries qui venait de réouvrir courageusement. D'autres changeaient leurs programmes; les pièces sont jouées en matinée, les mercredis, jeudis et dimanches.

Enfin le couvre-feu est levé le 18 décembre, mais la joie fut de courte durée, car le gouverneur-général pour la Belgique, baron von Bissing, annonce que pour des raisons d'économie d'énergie, les enseignes lumineuses sont interdites et les magasins doivent fermer à 19h00! Seuls les pharmacies et les magasins vendant des aliments, des cigares, des cigarettes et du tabac peuvent rester ouverts. Les hôtels, cafés, restaurants, théâtres et cinémas par contre, doivent impérativement fermer à 22h00!! Les Bruxellois font la triste mine.