Comme Bruxelles est la capitale de la Flandre, selon le "Raad van Vlaanderen", tous contacts entre citoyens, que ce soit verbal ou par écrit, doit se faire en langue flamande. Certaines personnes, même si elles sont taxées de flamingantisme, font parfois des erreurs. L'enseignement en flamand pose de graves problèmes à certaines congrégations religieuses. Les Activistes flamingants n'ont pas autant de succès que veulent bien faire croire les journaux censurés par les Allemands. 

Voici ce qu'écrivent Louis GILLE, Alphonse OOMS et Paul DELANDSHEERE sur ce qui s'est passé le 21 août 1917:

"La directrice de l'école normale flamande pour jeunes filles établie à Laeken, Mlle LAMS - nommée sous le régime de l'occupation, - est flamingante, mais pas suffisamment, faut-il croire, pour le "Conseil des Flandres". Aussi l'administration ministérielle germano-flamingante a-t-elle dressé contre Mlle LAMS un acte d'accusation dans lequel on lui fait grief notamment d'avoir accueilli, d'un fournisseur de l'école, une... facture rédigée en français!

"L'administration a ouvert une enquête au sujet de ce fait et d'autres reprochés à Mlle LAMS, qui a dû comparaître devant les fonctionnaires du département et devant le "Conseil des Flandres". Celui-ci est donc devenu, pour les fonctionnaires, une sorte de tribunal secret, de Conseil des dix, dont la juridiction domine celle de l'administration légale et publique!

"De toutes parts on signale des actes de pression dans le même sens. Les Dames de Sainte-Julienne donnent depuis longtemps, dans leur couvent de la rue de la Charité, des cours de catéchisme aux enfants. Elles sont aidées par des dames du monde. Brusquement ordre leur est donné d'enseigner désormais en flamand. Vu l'impossibilité de souscrire à cette exigence, ne fut-ce que parce que ces religieuses et leurs collaboratrices ignorent ou ne connaissent qu'imparfaitement le flamand, il ne leur reste, à leur profond regret, qu'à cesser les cours et à renvoyer les enfants.

"Sous la protection des baïonnettes allemandes, quelques "activistes" s'en vont à présent, chaque dimanche, dans les régions rurales du pays flamand, célébrer les bienfaits de la séparation administrative. Les journaux censurés grossissent ces minuscules événements, signalent que les orateurs sont applaudis à outrance et que nulle part, bien qu'ils fassent appel à la contradiction, ils ne rencontrent de contradicteurs. En réalité, presque partout, ces orateurs restent seuls avec quelques comparses. On se moque d'eux, on les conspue.

"L'autre dimanche, le nommé BORMS (un des sept qui se rendirent à Berlin), après avoir parlé devant quelques cultivateurs de Herent, sollicita la contradiction. L'instituteur communal se leva et fit bonne justice de ce qui venait d'être dit : le lendemain, il était déporté en Allemagne."

Source : GILLE, Louis - OOMS, Alphonse - DELANDSHEERE, Paul, Cinquante mois d'occupation allemande - t. III 1917, Bruxelles, Librairie Albert Dewit, 1919, p. 387-388

 


Une nouveauté plutôt inutile, car plus personne n'est pressée et n'a d'argent à dépenser ... sauf peut-être les accapareurs. Ce n'est qu'un phénomène de mode, une curiosité, selon le journaliste de l'Événement illustré, 1917.

Le 21juillet 1917, il y eut moins d'incidents qu'en 1916, car les citoyens ne voulaient pas que la commune paie une amende très élevée pour désobéissance. Les magasins étaient ouverts comme tous les jours, mais les commerçants n'eurent pratiquement pas de clients ce jour-là.

Les Bruxellois qui passaient dans la rue Neuve, gardée par trois soldats allemands, se découvraient en passant sur le coin de la rue Neuve et de la rue St-Michel, près du Monument des Héros de 1830.  Découvrant le manège, la Polizei arrêta au hasard quelques Bruxellois patriotes, comme par exemple ces étudiants de l'École des Arts et Métiers de la rue d'Allemagne.

Continuons à lire la suite du témoignage de Louis Gille, Alphonse Ooms et Paul Delandsheere :

"[les activistes flamingants] refusent d'obéir à la police qui les invite à circuler. "Parlez flamands!" crient-ils aux agents [depuis la séparation administrative, Bruxelles est la capitale de la Flandre et donc il faut parler flamand à Bruxelles], qu'ils menacent de leurs gourdins. Trois d'entre eux sont aussitôt empoignés et expédiés au commissariat de la rue de Ligne, où on leur dresse procès-verbal pour rébellion et coups.

"Leur interrogatoire est à peine terminé que la police allemande arrive au commissariat pour les réclamer. On se doutait que ces énergumènes étaient de mèche avec la "polizei" de la rue de Berlaimont.

"D'autres "activistes" mêlés à la foule profitent de la circonstance pour faire de la propagande. Il y a quelques jours, un de leurs journaux, le Vlaamsche Nieuws a publié, sous la signature de Borms, membre du Conseil des Flandres, un article où le cardinal Mercier est violemment pris à partie; l'article se termine par un appel à tous les flamingants, les engageant à travailler avec ardeur pour provoquer le remplacement de Mgr Mercier à Malines par un archevêque flamand. Les "activistes", obéissant au mot d'ordre, essayent de distribuer devant Sainte-Gudule des petits papiers sur lesquels se détachent ces mots en gros caractères : "Wij eischen een vlaamsche Bisschop".

Source : GILLE (Louis), OOMS (Alphonse) et DELANDSHEERE (Paul), Cinquante mois d'occupation allemande, III. 1917, Bruxelles, 1919, pp. 346.

Le Baron Moritz von Bissing est né à Ober Bellmannsdorf (Silésie), le 30 janvier 1844. Il entre dans l'armée prussienne en 1865 et grimpe progressivement dans la hiérarchie jusqu'au grade de General der Kavallerie (1897). De 1901 à 1907, il commande le VII Corps militaire à Münster. Il prend sa retraite en 1908, mais en août 1914, il est rappelé au service actif comme commandant du VII Corps, jusqu'en novembre 1914.

Après la Première bataille de l'Yser, il est nommé le 24 novembre 1914, gouverneur - général  pour la Belgique. Par sa politique intransigeante il se fait beaucoup d'ennemis auprès des citoyens belges. C'est lui qui a signé la condamnation à mort d'Edith Cavell, c'est encore lui qui a fait arrêter et déporter en Allemagne, l'échevin bruxellois de l'Instruction publique, Emile Jacqmain. Il a également soutenu la Flamenpolitik de son gouvernement en ouvrant l'Université flamande de Gand (Université von Bissing) et en signant le 21 mars 1917, la séparation administrative de la Belgique.

Il est décédé le 18 avril 1917, au château des Trois-Fontaines (Vilvorde), sa résidence. Son corps a été exposé au Conservatoire de Musique de Bruxelles jusqu'à son transfert à Berlin, où il a été enterré dans le caveau familial, au cimetière des Invalides. Sa tombe n'existe plus.

La réquisition des métaux non-ferreux utilisés dans les ménages : tels le cuivre, l'étain, le nickel est annoncée par arrêté du gouverneur général du 13 décembre 1916, à dater du 22 février 1917. Au début, les volontaires déposent leurs objets dans les dépôts de livraison établis, e. a. à la gare du Luxembourg et à la Maison des Brasseurs. Dans un deuxième temps (le 6 mars), les habitants sont convoqués par la police locale belge pour des dépôts obligatoires. Au départ, les objets en cuivre ou en étain avec une valeur artistique ou historique sont exemptés. Des perquisitions ont lieu chez les fraudeurs.

L'hiver 1916-1917, plus précisément les mois de janvier et février 1917, est particulièrement froid. Il est d'autant plus pénible, que les Bruxellois souffrent de la pénurie de charbon, résultant des réquisitions allemandes. Des femmes avec enfants, des personnes âgées et démunies sont retrouvées mortes de froid dans leur maison. Le 14 février 1917, l'autorité allemande annonce par courrier qu'elle ne livrera plus de charbon aux écoles du Grand Bruxelles et demande dès lors aux établissements scolaires qui n'ont plus assez de charbon de fermer. Malgré la constitution d'une réserve propre pour les écoles et les particuliers les plus démunis, la Ville de Bruxelles est aussi contraintre à fermer tous ses établissements scolaires : aucune exception n'est tolérée. Les enseignants et les élèves font de la résistance, ils se réunissent en secret dans des garages, des ateliers , des maisons privées, etc. afin d'échapper à la Polizei. Certains, dénoncés par des mouchards, sont arrêtés. Les écoles libres de l'agglomération bruxelloise sont également sujettes aux mêmes restrictions.

À la mi-avril 1917, les écoles sont rouvertes, mais à condition de ne pas chauffer les locaux. Beaucoup d'écoles ont refermé leurs portes.

Pour des raisons d'économie d'énergie, les magasins doivent fermer une heure plus tôt (à 17h00 au lieu de 18h00) et les vitrines ne peuvent plus être éclairées.