20/08/1914 (3)

A Bruxelles. Humour et charité. Une zwance exhibition

(In: Le Soir, 20/08/1914)

Une des caractéristiques de notre peuple, c’est d’allier la gaieté au courage ; c’est au moment le plus périlleux, de ne pas perdre sa bonne humeur et d’aller en riant au danger comme si l’on s’en moquait, comme si on le dédaignait.

Des gardes civiques de Saint-Josse ont été « casernés » dans une école de la rue Dailly (au n°122). Que faire pour tromper l’ennui de si longues heures de garde ? Rire un peu, se moquer des redoutables ennemis qui nous menacent, railler le colosse, lui faire la nique, lui lancer la chiquenaude du gavroche.

Donc, les salles de l’école ont été transformées en des salles d’exhibition. Ce fut fait à la hâte. On se servit de ce que l’on avait sous la main. Les tableaux noirs étaient tout désignés pour recevoir les esquisses jaillies des imaginations facétieuses de nos gardes civiques.

On y représente un Allemand éclopé, atteint par nos balles, et au-dessus cette légende : « Je croyais trouver de la bière à Diest, il n’y a que des pruneaux ».

Voici Guillaume II, pris d’un accès de vomissements et rendant successivement les morceaux qu’il n’a pas pu absorber, trop considérables pour son estomac : Londres, Paris, la Belgique. C’est l’inévitable indigestion.

Sur un autre tableau noir, on voit, d’un côté, un soldat belge tirer, et, de l’autre, un Allemand lever les bras en signe de reddition. « Erbarmen ! = Grâce ! », dit-on au-dessus.

Un Allemand interroge l’horizon à l’aide d’une longue lunette d’approche. Il aperçoit dans le lointain le village de Steenockerzeel. « Est-ce Paris ? », demande-t-il ?

Un garçon présente la note à payer : Belgique, France, Angleterre, Russie. C’est le quart d’heure de Rab’ais.

Une Marollienne armée d’un balai s’avance, menaçante, vers un guerrier allemand : « Allez, dit-elle, allez, Fiske, gardez vos mains chez vous ! »

Puis quand nos bons gardes civiques eurent couvert les tableaux noirs de leurs croquis caricaturesques, ils avisèrent les divers objets qui se trouvaient à leur portée, et ceux-ci leur devinrent aussitôt matière à exercer leur verve. Une règle qu’on brisa est la règle de conduite des armées allemandes ; un porte-manteau servirait à la pendaison du chef de ces armées ; une buse est celle que remporterait leur généralissime ; le poêle est celui que le soldat allemand a dans la main…

Sans doute cet esprit est facile, mais il indique chez ceux qui seront peut-être les combattants de demain une sérénité qui est de bon augure. C’est ce que peuvent constater les visiteurs de cette Zwanze-Exhibition, après avoir déposé leur obole pour les œuvres charitables, qui nous sont sympathiques à tous.