La vie est dure juillet 1917

Au second semestre de 1917, les perspectives d'avenir n'étaient pas réjouissantes. Vu le prix des produits de la terre en magasin, pour survivre il fallait posséder un lopin de terre pour y cultiver des pommes-de-terre, des choux et autres légumes. Ces petits lopins de terre devaient être gardés et surveillés constamment, car des envieux venaient voler des légumes la nuit:

"La lutte pour l'existence s'annonce terrible dans un prochain avenir. Les fermiers racontent qu'une nuée de maraudeurs se répand chaque nuit dans les campagnes et que ces individus repartent vers la ville les poches remplies d'épis qu'ils ont coupés au moyen de ciseaux. En maints villages qu'on me cite, des habitants, à tour de rôle, restent dans les champs jusqu'au matin pour empêcher ces vols. C'est ce que font aussi les ouvriers sans travail qui ont reçu l'autorisation de cultiver çà et là des lopins de terre. Au Solbosch, sur l'emplacement de l'Exposition de 1910, de la dernière grande foire des pays aujourd'hui en armes, 400 ouvriers ont chacun cultivé leur petit coin. Ils ont établi un roulement pour la garde du bien commun : quatre gardes le surveillent durant le jour, quatre durant la nuit.

"On aperçoit des plantations du même genre jusqu'au milieu des artères publiques. Schaerbeek, par exemple, a permis à ses ouvriers de planter des pommes-de-terre et des choux sur une moitié du boulevard Lambermont, aux emplacements à présent inutiles qui servaient, lorsqu'il y avait des chevaux et des vélos, aux cavaliers et aux cyclistes. Les pelouses du parc public de Laeken, la plus grande partie du parc de Koekelberg sont converties en champs de pommes-de-terre.

"Partout, il faut une surveillance nocturne. Que l'on vole ainsi, quoi d'étonnant quand tout est hors de prix? Un kilo de farine, qui valait bien trente centimes en temps normal, trouve maintenant, en cachette, acheteur à dix francs! Avec du grain volé on fera du malt, et quelques coups de ciseaux donnent des épis pour une somme!"

Source : GILLE (Louis) - OOMS (Alphonse) - DELANDSHEERE (Paul), Cinquante mois d'occupation allemande - t. III 1917, Bruxelles, Librairie Dewit, 1919, p. 358 - 359