La mutinerie des marins de Kiel et de Wilhelmshafen, 29 octobre 1918

La révolution populaire de novembre commence fin octobre et est le résultat d’un malentendu. Le 29 octobre 1918, la Hochseeflotte basée à Wilhelmshafen et à Kiel avait reçu l’ordre de tenter une sortie et d’effectuer une attaque suicide contre la Royal Navy croisant près des côtes allemandes. Une rumeur court parmi les marins selon laquelle les officiers avaient planifié une attaque insensée à l’issue de laquelle la Marine allemande aurait trouvé une fin héroïque. C’est pour cette raison que les équipages des cuirassés se sont mutinés ; ils ont refusé tout service, ils ont éteint les feux dans les chaudières et ils ont hissé des drapeaux rouges. Contrairement à ce qui s’est passé en 1917 à Kronstadt et à Petrograd, aucun officier de marine n’a été blessé. Comme les mutins français en avril - juin 1917, les matelots n’avaient pas l’intention de déclencher une révolution. En fait, les marins se sont mis en grève, car ils ne voulaient pas mourir inutilement pour l’honneur des officiers. La mutinerie s’est radicalisée, lorsque les meneurs ont été arrêtés. Le 1er novembre 1918, les premiers conseils des matelots ont été organisés à Kiel afin de prendre des mesures de rétorsion. Le 3 novembre 3.000 matelots manifestent pacifiquement sur la place des manœuvres afin d’obtenir la libération des meneurs arrêtés, une patrouille militaire apparaît et ouvre le feu : neuf matelots sont tués ! Le lendemain, les membres des conseils des soldats s’emparent des casernes de Kiel où ils désarment les officiers sans trop de résistance. Les bâtiments militaires et civils stratégiques sont occupés. Le mouvement est lancé. Des troupes sont envoyées de Hambourg pour mater la révolte à Kiel. Dès que les soldats sont arrivés à la gare de la ville portuaire, ils se font désarmer par les mutins et ils fraternisent avec leurs camarades de la Marine. Les ouvriers des chantiers navals et de l’industrie lourde de Kiel s’étaient mis en grève par solidarité. Les partis de gauche tentent de récupérer le mouvement : ils créent un Conseil central provisoire des ouvriers et des soldats qui devint le nouveau pôle du pouvoir à Kiel. Le représentant du gouvernement démocratique a été bien accueilli à Kiel. Il était donc temps que le gouvernement prenne le pouvoir politique et militaire en main. Les matelots étant toujours habités par la crainte de voir arriver des troupes loyalistes pour les écraser, forment des groupes itinérants qui visitent les autres villes portuaires du nord de l’Allemagne et des autres villes de l’intérieur de l’Allemagne pour y annoncer la bonne nouvelle. Ils sont probablement aussi passés par Bruxelles. Dans les grandes villes industrielles allemandes des comités de grève sont élus démocratiquement et y remplacent les conseils communaux. Les partis politiques de gauche (MSPD et USPD) tentent de récupérer le mouvement et de le mener sur le droit chemin. Ils organisent le Conseil des Commissaires du peuple, un contre-gouvernement socialiste. Des Socialistes indépendants qui viennent d’être libérés de prison, tiennent des discours qui incitent les révoltés à libérer tous les prisonniers détenus dans les prisons militaires et civils