Cette chronologie présente les faits les plus marquants de la Première guerre mondiale dans le monde et à Bruxelles.
Assassinat de l’archiduc François-Ferdinand
Depuis la guerre russo-turque de 1875-1876, les Balkans sont une "poudrière". Les intérêts géo-politiques de l’empire austro-hongrois s’opposent au nationalisme pan slave de la Russie tsariste et de la Serbie et s’appuient sur la faiblesse de plus en plus patente de l’empire ottoman. En 1903, un coup d’Etat porte un prince pro russe sur le trône de Serbie, Pierre Karageorgevitch. Cinq ans plus tard, les sandjaks (divisions administratives) de Bosnie et d’Herzégovine, dans un premier temps administrés par les Autrichiens au nom de l’empire ottoman, sont finalement annexés par l’empire austro-hongrois, ce qui provoque la colère des Serbes et de la Russie tsariste. Les Autrichiens ont minutieusement choisi la date du voyage d’inspection de l’Archiduc François-Ferdinand et de son épouse à Sarajevo en Bosnie. Le 28 juin est une date importante du calendrier orthodoxe serbe, c’est le jour de Vidovdan ou Saint-Guy, mais cette journée commémore aussi la défaite serbe face aux Turcs en 1389 et le 14e anniversaire de mariage du couple princier. Sûrs d’eux, les Autrichiens ne tiennent pas compte de l’avertissement de l’ambassadeur de Serbie à Vienne. L’Archiduc n’écoute pas ses proches qui lui déconseillent d’aller à Sarajevo. Le couple princier arrive dans la capitale bosniaque sans escorte militaire. Après une visite houleuse à l’Hôtel de ville, François-Ferdinand souhaite rendre visite aux blessés d’un attentat perpétré dans la ville durant la matinée de sa visite. Mais le chauffeur se perd et, au niveau du pont latin, le nationaliste serbe Gavrilo Prinzip, membre du groupe "Jeune Bosnie", ouvre par deux fois le feu sur la voiture princière touchant l’Archiduc et sa femme qui meurent un quart d’heure plus tard. Les Serbes se réjouissent de l’événement, mais aussi tous ceux qui, à la Cour d’Autriche, n’apprécient pas les penchants slaves du prince héritier.
Déclaration de guerre de l’Autriche-Hongrie à la Serbie
L’attentat de Sarajevo est un prétexte politique et international pour aviver plus encore les tensions nationalistes et impérialistes très présentes sur tout le continent européen depuis le dernier quart du 19e siècle, doublées d’une course aux armements. Juste après l’attentat, les Autrichiens lancent un ultimatum aux Serbes, le 7 juillet 1914. En même temps, l’Autriche s’assure de son alliance avec l’Allemagne en cas de guerre. Soutenue par la Russie, la Serbie rejette l’ultimatum et l’Autriche déclare la guerre à la Serbie le 28 juillet 1914. Ce qui a pour résultat un effet domino, la Russie alliée slave de la Serbie mobilise, la France, alliée de la Russie, en fait tout autant. Alliée quant à elle de l’Autriche-Hongrie, l’Allemagne suit le mouvement. Le 29 juillet, l’armée belge est mise sur "pied de paix renforcée" pour assurer la neutralité du pays. Le 4 août 1914, la guerre éclate dans toute son horreur. Par le jeu des alliances, le conflit est très rapidement une guerre mondiale.
Discours de Jean Jaurès au Cirque Royal à Bruxelles
Soucieux de pacifisme, le Bureau socialiste international multiplie les appels à la paix. A l’invitation d’Emile Vandervelde le président de la Seconde Internationale, l’homme politique socialiste français Jean Jaurès est invité au Cirque Royal à Bruxelles pour un meeting contre la guerre où il prononce un discours: "Si l’on pouvait lire dans le cœur des gouvernants, on pourrait y voir si vraiment ils sont contents de ce qu’ils ont fait. Ils voudraient être grands: ils mènent les peuples au bord de l’abîme: mais au dernier moment, ils hésitent; le cheval d’Attila effarouche encore mais il trébuche. Cette hésitation des dirigeants, il faut que nous la mettions à profit pour organiser la paix". Le lendemain Jaurès est assassiné à Paris au Café du Croissant par Raoul Villain, étudiant nationaliste revanchard.
Violation de la neutralité belge par l’Allemagne
La neutralité de la Belgique était reconnue dans le droit international, notamment par l’Allemagne. Le Kaiser, lui-même, avait promis de s’y tenir. Mais le 2 août 1914, tablant sur les liens familiaux de la Reine Elisabeth avec l’Allemagne, il lance un ultimatum à la Belgique pour laisser passer ses troupes et envahir la France, alliée de la Russie. Cet ultimatum est rejeté par le gouvernement et le Roi Albert Ier prononce son célèbre discours patriotique au Parlement: Un pays qui se défend s'impose au respect de tous, ce pays ne périt pas. J'ai foi en nos destinées. C’est la guerre: les troupes allemandes envahissent le pays. Après d’âpres combats dans les provinces wallonnes, mêlant des soldats français et belges, l’envahisseur se trouve aux portes de Bruxelles le 19 août.
Entrée des Allemands à Bruxelles
L’entrée des Allemands à Bruxelles se déroule dans le calme et la résignation. Frappé par la violence des combats dans les villes wallonnes, comme par exemple à Dinant, le Bourgmestre de la Ville de Bruxelles Adolphe Max appelle ses concitoyens à ne pas prendre les armes contre l’envahisseur. Espérant la Belgique libre et indépendante, il annonce un résistance pacifique et demande la confiance de ses administrés qu’il ne trahira jamais: Aussi longtemps que je serai en vie et en liberté, je protégerai de toutes mes forces les droits et la dignité de mes concitoyens.
Défaite russe à Tannenberg
La bataille de Tannenberg a lieu sur un territoire hautement chargé d’histoire nationaliste puisqu’au Moyen Age le royaume de Pologne-Lituanie s’y était opposé avec succès aux chevaliers de l’Ordre teutonique. Cette fois, en 1914, les Russes sont écrasés par la force allemande, victorieuse, qui capture plusieurs dizaines de milliers de prisonniers et saisit un important matériel militaire, notamment des canons et des chevaux. Sur le front de l’Est, la guerre s’annonce très longue aussi.
Bataille de la Marne
La bataille de la Marne se solde par une retraite des Allemands et une victoire française, protégeant ainsi l’invasion de Paris et mettant fin à la course vers la mer. Menée par le maréchal Joffre, cette bataille bénéficie du secours d’une division supplémentaire envoyée sur ordre du gouverneur militaire de Paris grâce à la réquisition des fameux "taxis de la Marne".
Arrestation d’Adolphe Max
Le Bourgmestre de la Ville de Bruxelles, Adolphe Max, s’est efforcé dès le début de la guerre à pratiquer une politique de résistance pacifique afin d’éviter toutes représailles de la part de l’occupant. Le 16 septembre, il appelle les Bruxellois à se résigner à l’interdiction allemande d’arborer les couleurs nationales jugées blessantes pour les troupes ennemies et à accepter ce nouveau "sacrifice" en attendant "patiemment l’heure de la réparation". Pendant les premières semaines de la guerre, Max s’investit totalement dans le soutien de ses concitoyens, notamment pour l’organisation des secours des réfugiés et des familles de soldats au front. Il veille au ravitaillement de la ville et tente de prévenir tout débordement. Mais le 26 septembre, en réponse à la suspension allemande des bons de réquisitions, Max refuse de continuer à payer le solde de la contribution de guerre due par la Ville. Déjà fort irrités précédemment par son attitude très ferme à leur égard, les Allemands procèdent à l’arrestation du Bourgmestre pour motif d’insoumission. Emprisonné en Allemagne, Adolphe Max devient l’icône de la Résistance et reçoit des milliers de lettres de soutien de la part de ses administrés. La colère que je ressens de n’être pas en ce moment à mon poste, laissera en moi des traces qui ne s’effaceront jamais. Mais je ne suis ni découragé ni démoralisé. Moins que jamais, je doute de l’avenir. Ma confiance et mon espoir grandissent chaque jour…, écrit-il à Madame P. Vandervelde le 12 décembre 1914. Libéré à la fin de la guerre, il revient en héros à Bruxelles le 17 novembre 1918.
Mise en circulation du Reichsmark en Belgique
Après avoir tenté en août 1914 de mettre la main sur l’encaisse de l’Etat à la Banque Nationale dont les billets et la réserve d’or étaient déjà transférés à Londres, l’occupant suspend son privilège d’émission et le confie à la Société générale. Il fixe des impôts et des amendes de guerre dans sa devise dont il arrête avantageusement le change. Il met aussi en circulation le Reichsmark comme unité de paiement légal en Belgique, touchant encore un peu plus à la souveraineté nationale. 800 communes décident d’émettre des "monnaies de nécessité" pour parer aux problèmes de circulation monétaire.
Chute d’Anvers
Dès l’occupation de Bruxelles à la fin du mois d’août et afin d’épargner les forces militaires belges, le Roi Albert décide de replier son armée à Anvers, protégée par un ensemble de forteresses. Ce retranchement gène considérablement les Allemands qui décident début septembre d’en finir. La conservation d’Anvers est évidemment importante pour les Belges et les Alliés à cause de sa situation portuaire stratégique. Devant la force de frappe, le Roi ne peut qu’organiser la retraite et la place d’Anvers capitule le 10 octobre. L’armée belge se retire derrière l’Yser où une nouvelle bataille les attend quelques jours plus tard.
Le Gouvernement belge se rend au Havre
Le Gouvernement d’union nationale du baron de Broqueville quitte Bruxelles le 17 août 1914 pour Anvers, puis se retranche à Ostende le 10 octobre. Trois jours plus tard, il se rend au Havre à bord de deux bateaux et s’installe à Sainte-Adresse, où il ne jouit pas de l’exterritorialité, mais bénéficie de la bienfaisance des autorités françaises. Le chef du gouvernement Charles de Broqueville rejoint Le Havre après avoir supervisé le bon acheminement du ravitaillement pour les troupes belges à Dunkerque. Le Roi, quant à lui, s’installe pour la durée de la guerre à La Panne. Le Parlement belge ne se réunit plus du 4 août 1914 à l’automne 1918, vu que la grande majorité des parlementaires reste en Belgique occupée. La Belgique est le seul pays parmi les belligérants dont le Parlement ne siège pas pendant les hostilités. Les lois sont remplacées par des arrêtés-lois ou des décrets délibérés en Conseil des Ministres. Un arrêté-loi de 1916 prolonge le mandat des parlementaires, le pays se trouvant dans l’impossibilité d’organiser des élections législatives. Dès le début de la guerre, le Gouvernement catholique s’ouvre à d’autres partis pour former un gouvernement d’union nationale: en août 1914, trois ministres d’État sans portefeuille se joignent au gouvernement d’union nationale: les libéraux Paul Hymans et Eugène Goblet d’Alviella et le socialiste Émile Vandervelde. En 1916, Henry Beyens remplace Julien Davignon au poste de ministre des Affaires étrangères ; en août 1917, Vandervelde devient le nouveau ministre de l’Intendance et en octobre de la même année, Hymans est nommé ministre des Affaires étrangères.
Bataille de l’Yser et d’Ypres
Derrière l’Yser où elle s’est retranchée après la chute d’Anvers, l’armée belge bien qu’inférieure en nombre défend avec opiniâtreté ses positions. Le 24 octobre, elle est renforcée par une brigade française. Le lendemain, elle décide d’inonder la plaine de Nieuport à Dixmude en ouvrant les écluses. Le flot de plus en plus violent oblige les Allemands à reculer et à se retrancher. L’Yser devient ensuite la ligne de front et la nouvelle "frontière" entre le reliquat d’une Belgique libre et le reste du pays occupé. La guerre de mouvement fait place à la guerre de tranchée, de la mer du Nord à la Suisse. C’est l’enfer des "boyaux de la mort", décrit par de nombreux soldats, comme ce marin français, premier maître fusilier Déniel, tué le 16 décembre: Nous vivons en vrais sauvages. Traumatisés par l’étendue des pertes humaines, les soldats allemands et britanniques improvisent une trêve de Noël, le 25 décembre 1914, en entonnant des chants et en s’échangeant de petits cadeaux.
Création de la "Commission for Relief in Belgium"
L’invasion a totalement bouleversé la vie économique du pays: coup d’arrêt au commerce, fermeture d’usines, chômage forcé des ouvriers, suspension des payements de l’Etat. La misère est la première conséquence directe de l’occupation. A la peur des exactions de l’envahisseur, s’ajoute l’angoisse de ne pas trouver de quoi se nourrir. Le 19 octobre 1914, le financier belge Emile Francqui et Herbert Hoover, ingénieur et futur homme politique américain, qui se connaissent de grands chantiers en Chine, se rencontrent à Londres et fondent la "Commission for Relief in Belgium" (CRB), visant à approvisionner le pays en denrées alimentaires. Ils obtiennent le protectorat diplomatique de l’Espagne et des Etats-Unis pour l’achat et le transfert des vivres vers la Belgique. En mer, le Royaume-Uni accorde aux bateaux de la CRB un sauf-conduit pour déroger au blocus continental. Sur le territoire national, c’est le "Comité National de Secours et d’Alimentation" (CNSA) qui en assure la distribution équitable. Créé au départ à Bruxelles pour les Bruxellois, peu de temps après l’invasion allemande, le CNSA déploie rapidement son action de manière décentralisée vers toutes les provinces et communes de Belgique. Tout ce qui touche à l’acheminement d’alimentation se fait sous forme de transactions comptables, alors que les départements de secours sont, quant à eux, financés sur les bénéfices de l’alimentation et les dons provenant de la Belgique ou de l’étranger. Ernest Solvay accepte la présidence du CNSA en le dotant d’un subside considérable pour ses frais de fonctionnement.
Déclaration de guerre de la France et de la Grande-Bretagne à l’Empire ottoman
Malgré sa réputation d’"homme malade" de l’Europe, l’empire ottoman entre en guerre en se rangeant du côté de la "Triple Alliance" (les empires centraux d’Allemagne et d’Autriche-Hongrie ainsi que l’Italie qui changera de camp en 1915). Dès lors, il s’oppose aux pays de la "Triple Entente" (France; Russie; Royaume-Uni) auxquels la Belgique, la Serbie, le Monténégro sont alliés ainsi que le Japon qui déclare la guerre à l’Allemagne le 23 août comme allié de l’Angleterre.
Introduction de l’heure allemande
Cherchant à uniformiser au maximum l’administration de ses nouveaux territoires, l’Allemagne impose l’heure d’Europe centrale (Greenwich +1), restée d’application jusqu’à nos jours. La pratique de l’heure d’été est également introduite par les Allemands en 1916 (Greenwich +2).
Nomination du Gouverneur Général von Bissing
Le général de cavalerie Moritz von Bissing est désigné comme nouveau gouverneur général en Belgique pour remplacer Colmar von der Golz, nommé par le Kaiser en Turquie afin d’y mener des opérations militaires. von Bissing arrive en Belgique au moment où les Allemands subissent des difficultés sur le front de l’Yser. Il s’adonne à des vastes campagnes d’information et de propagande par voie d’affichage auprès des populations civiles occupées. Il s’attaque à la Résistance, en condamnant notamment à mort Edith Cavell. Il prône une division administrative de la Belgique, en séparant la Flandre de la Wallonie.
Bombardement des ports de Whitby et Hartlepool
Un hôtel de Scarborough sur
la côte N-E de l’Angleterre,
endommagé par les navires
de guerre allemands.
Dans le cadre de la campagne de blocus allemand des côtes anglaises, des navires de guerre allemands posent des mines et bombardent des ports dans les mois de novembre et décembre 1914. Le summum est atteint le 16 décembre, lorsqu’une escadre de croiseurs lourds allemands commandée par l’amiral Franz von Hipper, bombarde les ports de Whitby et de Hartlepool sur la côte Est de la Grande-Bretagne, faisant 700 victimes civiles. Ces brèves attaques n’influent pas le cours de la guerre, mais le nombre de civils tués et les dégâts matériels ont des répercussions immenses sur le moral de l’establishment anglais.
Lettre pastorale "Patriotisme et Endurance" du Cardinal Mercier
Pendant toute la durée de la guerre, le Cardinal Mercier s’efforce d’encourager et de soutenir les fidèles catholiques, par la voie de lettres pastorales lues le dimanche à la messe. Alors qu’il revient du conclave qui venait d’élire au mois d’août le nouveau pape Benoît XV, le primat de Belgique est profondément choqué par la situation de son pays. Son texte écrit pour la Noël 1914, "Patriotisme et Endurance", est une réflexion théologique et morale sur la résistance: Ce pouvoir n’est pas une autorité légitime. Et, dès lors dans l’intimité de votre âme, vous ne lui devez ni estime, ni attachement, ni obéissance.
Bombardements de terreur par Zeppelins allemands en Angleterre
Le premier bombardement aérien stratégique de terreur sur la Grande Bretagne a lieu dans la nuit du 19 au 20 janvier 1915. Deux zeppelins (Luftshiffe L 3 et L 4) bombardent l’est de la Grande Bretagne et tuent 20 civils. Jusqu’en 1918, pas moins de 55 attaques aériennes sont menées par des dirigeables de l’Armée et de la Marine allemandes ; 203 tonnes de bombes sont lâchées, faisant plus de 500 morts et plus de mille blessés civils. Ce nombre élevé de victimes s’explique par le fait que le survol de zeppelins était considéré au départ comme une simple curiosité. À chaque alerte, on sortait voir apparaître les longs cigares sombres passer au-dessus des têtes. Afin de stigmatiser la population, la propagande britannique met l’accent sur les innocentes victimes des bombardements et baptisent les zeppelins les «baby killers». Bientôt, la défense antiaérienne du Royaume Uni prend le dessus. Elle s’équipe d’avions de chasse pouvant voler plus vite et plus haut, de canons performants et de puissants projecteurs, afin de neutraliser les zeppelins. Dans le courant de 1917, les Allemands utilisent de plus en plus des bombardiers à long rayon d’action, reléguant leurs fragiles dirigeables à des tâches de reconnaissance maritime. Entre 1915 et 1917, les Allemands perdent 30 zeppelins sur 84 envoyés par-dessus la Grande Bretagne.
Création de l’Oeuvre Nationale des Orphelins de Guerre
Le Comité National de Secours et d’Alimentation émet le vœu de s’occuper des œuvres de l’enfance et plus particulièrement des orphelins, un problème humanitaire pressant. Si, au départ, les divergences idéologiques entre catholiques d’une part, libéraux et socialistes d’autre part se ressentent, une entente cordiale entre les protagonistes voit le jour pour créer une seule "Œuvre Nationale des Orphelins de la Guerre" unifiée. Le cardinal Mercier en est le président d’honneur et Émile Francqui, le directeur du Comité de direction.
Première utilisation du gaz asphyxiant à Ypres
La première attaque au gaz asphyxiant (chlore) est lancée par les Allemands sur le front de l’est au tournant des années 1914-1915, mais les Russes ne se rendent compte de rien, à cause des conditions météorologiques qui leur sont favorables. Le chlore atteint les yeux, la gorge, le nez, les poumons et à forte concentration entraîne la mort par asphyxie. Une nouvelle attaque au chlore est planifiée le 22 avril 1915 sur le front d’Ypres face aux troupes coloniales françaises et aux troupes britanniques. Les gaz sont envoyés dans les airs à l’aide de quatre mille tuyaux cylindriques enfoncés dans le sol, le vent devant souffler dans la direction de l’ennemi. Les soldats français et anglais pris de panique laissent une brèche de 8 km de large dans le front allié. Ces nuages de gaz se dissipent toutefois assez vite. Afin d’améliorer la précision de l’attaque, les Allemands utilisent ensuite des obus chargés d’une certaine quantité de poudre et d’une poche de gaz, qui se répand après l’explosion de l’obus. Plus tard, les Alliés en font de même et les Français deviennent même des experts dans la fabrication d’obus chargés au gaz. Un autre gaz, resté dans la mémoire collective, l’Ypérite (à cause d’Ypres) ou gaz moutarde (à cause de son odeur) fait quant à lui son apparition, deux ans plus tard, sur le front de l’Ouest, en avril 1917. Ce gaz vésicant (sulfure d’éthyle dichloré) s’attaque à tout l’organisme (yeux, muqueuses, poumons, peau, anémie, immunité) ; il est aussi nocif pour l’environnement, car il reste présent dans le sol. Ces armes sont responsables de la mort de 4% des soldats tués pendant la Grande Guerre. La peur et l’angoisse, occasionnées par la vue des «gazés» mutilés à vie, poussent les grandes puissances à condamner et à bannir ces armes de destruction massive lors des traités de désarmement durant l’entre-deux-guerres. Comble de l’ironie, le concepteur allemand du gaz à base de chlore, le savant nationaliste Fritz Haber, reçoit le prix Nobel de Chimie en 1918 pour ses recherches sur la synthèse de l’ammoniac.
Début du génocide arménien
La position des Arméniens au sein de l’empire ottoman est extrêmement délicate depuis la fin du 19e siècle. De nombreuses victimes tombent au nom du nationalisme ottoman qui ne peut supporter le programme de réformes politiques et d’indépendance défendu par les Arméniens. En novembre 1914, l’empire ottoman s’associe aux empires centraux et déclare la guerre aux pays de l’Entente (Russie, Grande-Bretagne, France). Les Arméniens choisissent le camp des Russes, leurs coreligionnaires chrétiens, qui pénètrent dans l’empire ottoman. En avril 1915, la ville de Van, à l’Est de l’empire, se soulève et proclame un gouvernement arménien indépendant; les Alliés débarquent à Gallipoli, porte d’entrée vers Constantinople. La réaction ottomane est brutale et terrifiante. Tous les Arméniens vivant en Asie mineure, une région considérée comme le foyer national du peuple turc, sont physiquement éliminés. D’abord l’élite intellectuelle arménienne de Constantinople et ensuite les officiers et soldats arméniens sont massacrés. Les Arméniens des provinces orientales subissent le même sort. Les hommes qui ne sont pas abattus sur place sont déportés en même temps que les femmes et les enfants vers la Syrie ottomane. Beaucoup meurent de faim et de soif en cours de route. Les autres Arméniens de l’empire subissent le même sort en septembre. Ils sont convoyés vers Alep dans des wagons à bestiaux puis transférés dans des camps de concentration en zone désertique où ils ne tardent pas à succomber à leur tour. Au total deux tiers de la population arménienne sous souveraineté ottomane disparaît pendant l’été 1915.
Bataille des Dardanelles
Croyant pouvoir se frayer un passage par le détroit des Dardanelles afin d’atteindre le cœur de l’empire ottoman, Constantinople, et de contraindre les Turcs à la reddition, le gouvernement britannique (Lord de la Mer, W. Churchill) décide de débarquer un fort contingent sur la péninsule de Gallipoli. Les troupes britanniques et de l’ANZAC (Australia New Zealand Army Corps) débarquent à trois endroits différents de la péninsule de Gallipoli, appuyés par des navires de guerre alliés. Les Britanniques sont pris sous un feu nourri provenant des forts turcs surplombant les plages de débarquement. Les objectifs assignés aux troupes alliées, des points situés en hauteur, ne sont pas atteints. Le réveil turc a été rapide, entre autres grâce à l’intervention d’un officier turc bientôt célèbre, Mustapha Kemal, futur Atatürk. Les troupes alliées et turques lancent des attaques et des contre-attaques sanglantes, sans gains notables. Les Alliés sont cloués sur place. Un nouveau débarquement au Nord de la péninsule, le 6 août 1915, se solde par un échec, les Turcs dominant les points élevés. L’état-major demande de nouveaux renforts, mais le gouvernement pense sérieusement à arrêter la boucherie. Après une mission d’enquête, le gouvernement britannique décide de rapatrier une partie de ses troupes, rapatriement qui s’échelonne du 7 au 20 décembre 1915. Les dernières troupes rembarquent entre le 28 décembre 1915 et le 8 janvier 1916. Les Turcs n’ont pas réagi pendant le rembarquement. Pertes alliées: 252.000 hommes; pertes turques: 250.000 hommes.
Déclaration de guerre de l’Italie contre l’Autriche-Hongrie
Au début de la guerre, l’Italie fait partie de la Triplice avec l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie. Plus tard, elle négocie secrètement son changement de camp avec les pays de l’entente. Les termes de cette négociation portent notamment sur la promesse de gains territoriaux importants pour l’Italie, détachés entre autres de l’empire austro-hongrois, comme les villes de Trieste ou de Pola sur la mer adriatique, en cas de victoire contre l’ennemi. Ces emprises territoriales italiennes font d’ailleurs l’objet d’âpres négociations lors du traité de Versailles en 1919. Trieste est toujours italienne. Après la Seconde guerre mondiale, Pola est rattachée à la Yougoslavie, dans l’actuelle Croatie.
Naufrage du Lusitania
Le paquebot RMS Lusitania, reliant New York à Liverpool, est coulé par le sous-marin allemand U-20 dans la mer d’Irlande. Parmi les 1198 victimes civiles, figurent 124 américains et une belge, l’épouse du Dr Antoine Lepage, Marie Lepage, revenant d’une tournée de récolte de fonds aux États-Unis. La question du transport illicite de munitions et d’armes à bord du Lusitania, navire civil battant pavillon britannique, reste ouverte. Les eaux territoriales britanniques avaient été déclarées zones de guerre par le gouvernement allemand. Or, d’après la propagande allemande, le navire transportait des munitions qui auraient été la cause du naufrage rapide en 18 minutes. Les avis des experts sont à l’heure actuelle toujours assez divisés sur cette question et des recherches sont encore en cours dans les derniers restes de l’épave sous-marine. Ce torpillage a causé une vive émotion dans la population britannique; les États-Unis d’Amérique ne rentreront cependant en guerre que deux ans plus tard.
Elan patriotique des restaurateurs et cafetiers bruxellois
L’occupant allemand interdit toute manifestation patriotique à l’occasion de la fête nationale belge, la première depuis l’occupation de Bruxelles le 20 août 1914. Comment résister? De nombreux restaurateurs, cafetiers et commerçants bruxellois décident tout simplement de fermer leur enseigne.
Conférence socialiste internationale à Zimmerwald
Objectif: rassembler les socialistes fidèles à l’Internationalisme, lutter contre la guerre et contre le triomphe du chauvinisme et du militarisme dans la social-démocratie, contre la participation à des gouvernements d’Union sacrée, considérés comme nationalistes. 38 délégués socialistes provenant de divers pays européens (Allemagne, France, Russie, Italie, Grande-Bretagne, Suisse, Suède, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Roumanie, Bulgarie) et le Bund, organisation socialiste des travailleurs juifs de l’Europe de l’Est, se réunissent à Zimmerwald, un petit village de Suisse. Dans leur manifeste, rédigé par Léon Trotsky, ils dénoncent le capitalisme, l’impérialisme, le chauvinisme et le militarisme comme les causes de la barbarie et de la guerre. Ils exhortent les travailleurs à s’unir contre la guerre et à lutter pour la paix: «Il faut entreprendre cette lutte pour la paix, pour la paix sans annexions ni indemnités de guerre. Mais une telle paix n’est possible qu’à condition de condamner toute pensée de violation du droit et des libertés des peuples».
Nouvelles tentatives de percées en Champagne et en Artois
La stratégie est de ne pas laisser les Allemands s’attaquer aux alliés séparément: selon le Général Joffre, l’Entente doit attaquer ensemble et sans relâche. Une troupe sur la défensive perd ses capacités physiques et morales. Les Français attaquent donc en Champagne et les Britanniques en Artois. L’état-major français, Joffre en tête, pense détenir la clé de la réussite: en rassemblant un plus grand nombre de pièces d’artillerie lourde et en attaquant sur un front suffisamment large, une percée serait enfin possible. Des troupes de réserve sont à disposition afin de pouvoir percer au-delà des premières lignes. Mais la portée de l’artillerie lourde française ne s’avère toutefois pas assez longue pour atteindre la deuxième ligne de fortifications allemande, en retrait par rapport au front. De plus, cette ligne est creusée en contre-pente afin d’échapper aux observations aériennes des alliés. Le résultat se solde par d’effroyables pertes humaines et pour un gain territorial insignifiant.
Entrée en guerre de la Bulgarie
Courtisée depuis le début du conflit tantôt par les alliés, tantôt par les puissances centrales, la Bulgarie finit par se ranger du côté de la Triplice. Elle espère en échange pouvoir agrandir son territoire, notamment sur la Macédoine serbe qui appartient à l’Empire ottoman. Au courant de ces tractations, les Alliés posent un ultimatum au roi Ferdinand de Bulgarie. Celui-ci le refusant, la Bulgarie entre dans la Première Guerre mondiale.
Exécution de l’infirmière d’origine anglaise Édith Cavell
L’infirmière britannique Édith Cavell (1865-1915) incarne l’image de la résistance contre l’ennemi. Soignant de nombreux soldats alliés blessés, elle les aide à regagner leurs unités. Dénoncée, elle est arrêtée par les Allemands, arbitrairement jugée, sans l’aide d’avocat, et lâchement exécutée le 12 octobre 1915 au Tir national à Schaerbeek (lieu actuel de la RTBF). Son histoire dramatique, très connue outre-Manche, sert pendant la guerre au gouvernement et à l’armée pour susciter l’émotion de la population britannique et le recrutement de nouveaux soldats. La dépouille mortelle d’Edith Cavell est transférée après la guerre, en 1919, à Londres.
Conférence interalliée de Chantilly
Après les échecs des offensives alliées en Champagne, en Artois, en Flandres et dans les Balkans, les alliés se rencontrent à Chantilly pour préparer de nouveaux assauts en 1916.
Prise du lac Tanganyika par les Britanniques
À l’aide de deux petits bateaux armés transférés par mer en Afrique du Sud et ensuite portés à dos d’hommes jusqu’au lac, les Anglais se rendent maître du lac et neutralisent les trois canon-nières allemandes présentes sur le lac.
Bataille de Verdun
Depuis décembre 1915, les Alliés sont d’accord pour lancer une grande offensive contre le front allemand en 1916. Début février 1916, les Britanniques et les Français décident finale-ment d’attaquer les Allemands sur un large front en Somme, début juillet, quand il n’y a pas trop de boue.
Mais les Allemands prennent les Alliés de cours en attaquant avec force et brutalité sur le font de Verdun, peu garni. A l’aube du 21 février, sous la neige, l’artillerie allemande bombarde les positions françaises et les « sturmtruppen » de la 5ème armée commandée par le Kronprinz neu-tralisent les premières lignes françaises. La bataille d’annihilation de l’armée française se trans-forme vite en bataille d’usure et en carnage jamais égalé.
Les offensives allemandes successives se heurtent cependant à la résistance française. Grâce au général Pétain, les régiments français de première ligne sont relevés par des troupes fraîches. De nouveaux avions de chasse permettent aux Français de gagner la maîtrise de l’air au-dessus du champ de bataille.
Finalement en décembre 1916, les Allemands attaqués sur deux fronts (Verdun et Somme), se retirent sur de nouvelles positions bien fortifiées. Les pertes en hommes sont effroyables de part et d’autre (360.000 Français et 330.000 Allemands), et cette bataille reste à tout jamais dans l’esprit des Français comme l’incarnation de l’horreur.
Torpillage du ferry Sussex
Sans semonce, un sous-marin allemand torpille et coule le ferry britannique Sussex dans la Manche. Il y a près de 50 victimes dont des Américains. Le président Wilson est à deux doigts de déclarer la guerre à l’Allemagne. L’acte de barbarie est condamné avec fermeté par le monde libre.
Exécution de Gabrielle Petit
Révolte irlandaise à Dublin
Depuis des siècles des Irlandais tentent de se débarrasser du joug anglais. Avant la guerre de 1914, des tentatives d’introduire la Home rule (autonomie) échouent : seules de vagues pro-messes sont faites par le gouvernement de Londres. Les Indépendantistes (IRA) irlandais sont d’avis que le seul moyen d’obtenir l’indépendance pour leur pays est de prendre les armes contre les Anglais.
Dans ce cadre, le représentant irlandais Sir Roger Casement négocie avec les Américains et les Allemands pour la livraison d’armes et le soutien politique en vue de la révolte de Pâques 1916 à Dublin et ailleurs en Irlande. Toutefois Casement est arrêté et les armes sont interceptées. Casement est condamné pour haute trahison et exécuté. Malgré le manque d’armes, les Indé-pendantistes déclarent l’indépendance de l’Irlande et se révoltent, sans le soutien escompté de la population irlandaise. Après une semaine de furieux combats, la rébellion est écrasée et les meneurs sont arrêtés.
Bataille navale de Jutland
Le 25 avril 1916, une escadre de croiseurs de bataille allemands accompagné de croiseurs et de contre-torpilleurs bombarde les ports de Great Yarmouth et de Lowestoft sur la côte est de la Grande Bretagne. L’objectif principal des Allemands est d’attirer la flotte anglaise vers les canons lourds de la Hoch See Flotte, mais les Britanniques ne mordent pas à l’hameçon. Fina-lement fin mai, le grand « clash » survient fin mai 1916. Depuis le début du conflit les deux belligérants tentent d’attirer la flotte de l’adversaire vers ses grosses unités afin de pouvoir éliminer la menace ennemie et devenir maître des océans.
Suite à une chaîne de coïncidences, les deux grandes flottes se trouvent à portée de canons. La Royal Navy subit de lourdes pertes, mais elle sauvegarde la maîtrise des mers et n’est plus menacée jusqu’en septembre 1939. Jusqu’en novembre 1918, la Hoch See Flotte n’est plus sortie en masse de sa base navale du nord de l’Allemagne.
Offensive russe du général Brousilov
A la demande de l’allié italien et des Français soumis à une terrible pression allemande, les Russes lancent leur offensive du printemps contre les Autro-hongrois et les Allemands. Après les premiers succès, l’offensive s’essouffle, mais dégarnit le front occidental.
Révolte arabe contre les Turcs au Moyen-Orient
Après la déclaration de guerre de la Turquie à la Grande Bretagne et à ses alliées, le Moyen-Orient est devenu une zone de guerre de grande importance, parce qu’il est la porte qui mène vers les positions britanniques en Extrême Orient et aussi à cause de l’importance grandissante des puits de pétrole.
En juin 1916, un accord est signé entre Britanniques et Français sur le partage de la dépouille de l’empire ottoman au détriment des Arabes (Sykes – Picot). Les Anglais et les Français sou-tiennent les Arabes dans leur lutte contre les Turcs. Par leur action, les Arabes réduisent la pression turque sur le front russe dans le Caucase.
Bataille de la Somme
L’offensive combinée anglo-française tant attendue et connue des Allemands est lancée après une préparation d’artillerie de plusieurs jours. La première ligne allemande, repérée par l’aviation britannique est pilonnée et prise de haute lutte. Dans toute son histoire, l’armée bri-tannique n’a jamais connu d’aussi lourdes pertes qu’en ce 1er juillet 1916 (19.000 tués). À coups d’offensives plus meurtrières les unes que les autres, les forces franco-britanniques ga-gnent quelques kilomètres de terrain. Finalement l’offensive s’enlise dans la boue en novembre 1916. La bataille de la Somme laisse des traces indélébiles dans la société anglaise, des quar-tiers entiers ne sont plus habités que par des femmes et des enfants !
Exécution du capitaine Fryatt par les Allemands
Le navire de Charles Fryatt, capitaine du ferry Brussels reliant l’Angleterre à Hoek van Hol-land, est arraisonné par les Allemands et convoyé vers Zeebrugge. Reconnu coupable de « crime de guerre » pour tentative d’éperonner un sous-marin allemand, il est condamné par un tribunal militaire et exécuté (à Bruxelles ?). Condamnation générale des Alliés et des neutres, Grande Bretagne et Etats-Unis en tête.
Première apparition des tanks anglais
Victoire belge à Tabora (Afrique de l’est)
Durant la Première Guerre mondiale, la Belgique est surtout impliquée dans les batailles si-tuées sur son territoire national en raison de sa neutralité. Elle participe néanmoins aussi au théâtre africain du conflit.
L’Afrique est en effet un des enjeux de la Première Guerre mondiale, puisqu'au début du 20e siècle tous les empires cherchent à étendre ou affirmer leur puissance coloniale. L’ Empire al-lemand dispose, à cette époque, de plusieurs colonies dans des zones assez dispersées du con-tinent. À l’ Est, il tente de garder une mainmise sur la Tanzanie et le Burundi actuels. Malgré la résistance allemande, conduite sous la direction du commandant Lettow Vorbeck, les forces belges, menées par le lieutenant-général Charles Tombeur, finissent par y repousser les Alle-mands, pénètrent en Afrique orientale avec leurs renforts coloniaux et arrivent à rejoindre les troupes britanniques. Les Belges remportent une victoire symbolique : celle de Tabora le 19 septembre 1916.
Début du travail obligatoire et des déportations en Allemagne
Déportation massive de jeunes hommes entre 16 et 45 ans vers les usines allemandes et con-damnation virulente du Cardinal Mercier.
Automitrailleuses belges sur le front russe
Le Corps des Auto-Canons-Mitrailleuses (ACM) belge est créé officiellement en décembre 1914. Après quelques mois d’entraînement et d’ennui derrière le front de l’Yser, un observa-teur militaire russe auprès de l’Etat-Major belge remarque les blindés. Il est impressionné par la nouvelle arme et demande aussitôt si ces véhicules blindés ne pourraient pas mieux servir sur le front russe, beaucoup plus vaste et mobile. Conscient que ce corps d’élite allait porter nos cou-leurs loin à l’est, en Russie, le roi Albert Ier et le gouvernement acceptent. Après un long pé-riple en bateau et en train, les ACM arrivent à St-Pétersbourg le 6 décembre 1915 où ils para-dent devant le Tsar Nicolas II.
Le corps des ACM reçoit son baptême du feu lors de l’offensive Broussilov de juin à sep-tembre 1916 et c’est lors de cette offensive contre les Autrichiens à Tarnopol (en Galicie) qu’il enregistre ses premières pertes. A l’automne de la même année, les Belges partent pour les Carpates, dans le sud afin de combattre les Allemands. L’année suivante, après la révolution bourgeoise de février et la chute du Tsar, le chef du gouvernement provisoire Alexandre Ke-renski lance une vaste offensive en juillet 1917, mais qui se solde par un cuisant échec. L’armée russe est définitivement démoralisée. Le corps des ACM subit de lourdes pertes. La Révolution bolchévique d’octobre 1917 emporte les Belges dans la tourmente. Fin 1917, le roi Albert Ier rappelle le corps d’élite en Belgique ; s’ensuit un long et dangereux périple à travers la Russie en pleine guerre civile, la Mandchourie et la Sibérie. Fin avril 1918, ils embarquent enfin à Vladivostok en direction de San Francisco aux Etats-Unis, où ils sont accueillis en vé-ritables héros. Pendant leur traversée des Etats-Unis, ils sont utilisés par la propagande améri-caine afin de convaincre les jeunes hommes de s’engager dans l’armée pour combattre les Al-lemands en Europe et de pousser la population américaine à acheter des bons de guerre. Mis-sion accomplie. A la mi-juin 1918, les Belges embarquent à New York pour Bordeaux.
Le corps d’élite est dissous en juillet 1918 et aucun des soldats ne rejoindra plus le front, de crainte d’une contagion des idées bolchévistes. Les acteurs et les actions du corps des ACM sont très vite tombées dans l’oubli. Le dernier vétéran est décédé en 1990. Son mémoire de 1000 pages ne sera jamais publié.
Décès de l’empereur autrichien François – Joseph (1830 – 1916)
Après un règne de 68 ans, le monarque le plus âgé en Europe s’éteint au Château de Schön-brunn à Vienne.
Au niveau personnel, les trente dernières années de son règne sont marquées par des catas-trophes : suicide de son unique fils Rodolphe à Mayerling ; assassinat de son épouse, l’Impératrice Elisabeth (1898) ; assassinat de son neveu l’archiduc François-Ferdinand à Sara-jevo (1914).
Au niveau politique, son règne n’est pas un long fleuve tranquille. Au début de son règne, il y a la révolution de 1848 et la montée des nationalismes. Il instaure ensuite un régime néo-absolu. Après la défaite autrichienne lors de la guerre austro-prussienne de 1866 pour l’hégémonie dans la Confédération germanique, François-Joseph accorde des réformes, dont celle de l’égalité entre le royaume de Hongrie et l’empire autrichien. Petit à petit, il passe sous la coupe de l’empire allemand : en 1873, il signe une alliance entre les trois empereurs (Alle-magne, Russie et Autriche). Mais face à l’appétit d’ogre de la Russie dans les Balkans, Fran-çois-Joseph choisit le camp de l’Allemagne (1879). L’Italie vient se joindre à la duplice, pour former la triplice. En 1908, l’empire austro-hongrois annexe la Bosnie-Herzégovine. Le cumul de sa politique rigide et catholique et son attitude face au nationalisme slave met le feu au poudre le 28 juin 1914 à Sarajevo.
Après un an de guerre (1914-1915), François-Joseph se désolidarise certes du camp de Guil-laume II, mais n’est pas prêt à signer une paix de compromis. À sa mort, son successeur Charles Ier n’arrive pas à éviter que l’empire bicéphale n’implose en novembre 1918.
Proposition de paix allemande
La situation alimentaire en Allemagne devient préoccupante et le manque de main d’œuvre masculine devient alarmante. La bataille de Verdun est un désastre pour les Allemands. Dans un premier temps, le chancelier Bethmann-Hollweg envoie l’ambassadeur von Bernstorff aux Etats-Unis pour sonder le gouvernement américain sur ses intentions en vue d’organiser une conférence de paix. Vu l’indécision de la Maison Blanche et après l’occupation de Bucarest, le chancelier transmet aux Alliés sa proposition de paix, la dernière chance d’obtenir une paix équitable selon lui. Soutenu par l’empereur Guillaume II, les Empires centraux veulent entamer des négociations de paix en se basant sur la proposition de Bethmann-Hollweg. Sa proposition est inacceptable pour les Alliés ; il n’est pas question pour ces derniers que le front soit gelé en faveur des Allemands et qu’aucun territoire occupé par les Empires centraux ne soit évacué (la Belgique doit être libre, l’Alsace-Lorraine doivent être rendues à la France). Le 30 décembre 1916, l’Entente rejette catégoriquement la proposition de paix allemande, jugée arrogante et hautaine.
Après le rejet par les Alliés de la proposition de paix allemande, la propagande allemande rejette la responsabilité de la poursuite de la guerre et son durcissement sur le dos des Alliés.
Dans un premier temps, le roi Albert Ier souhaite que la Belgique libre réponde elle-même à la proposition de paix de l’Allemagne. Mais sous pressions britannique et française, la réponse diplomatique belge est rédigée dans le même sens que celle des Alliés.
Assassinat de Raspoutine
Ce pèlerin, aventurier, mystique, voleur et guérisseur russe d’origine sibérienne joue un rôle important dans la chute de la famille impériale russe. Avant la révolution de 1905, Raspoutine (1869 ? – 1916) est parti à Saint-Pétersbourg pour y rencontrer sans succès le Tsar afin de le remettre sur le droit chemin, considérant qu’il s’est trop occidentalisé, trop éloigné de l’âme russe. Inquiète de ne pas avoir de descendance mâle, la Tsarine s’entoure de mystiques et de guérisseurs. Un de ces mystiques prédit la naissance du prince Alexis et connaît Raspoutine. Finalement celui-ci est présenté à la famille impériale par la grande-duchesse Militza. Comme « guérisseur », il arrive à atténuer les douleurs du tsarévitch, atteint d’hémophilie, lors d’épisodes hémorragiques internes. Subjugué par Raspoutine, le couple impérial l’invite à des réceptions mondaines et le présente à la noblesse et à la haute société de St-Pétersbourg. Il se fait des amis, mais également beaucoup d’ennemis à la Cour et le peuple, qui le craint et l’accuse de tous les maux. Il profite de son aura pour influencer la politique intérieure russe, en s’opposant notamment à la modernisation de la société russe.
Pacifiste dans l’âme, il s’oppose à l’entrée en guerre de la Russie contre les Empires centraux. Lors des premiers mois de la guerre, l’étoile de Raspoutine pâlit, mais la situation militaire devenant indécise, l’approvisionnement devenant difficile, les armes venant à manquer, poussent le Tsar à diriger l’armée sur le front et à laisser la régence à la tsarine et à son conseiller Raspoutine. Après les nombreux désastres militaires de 1916, Raspoutine est montré du doigt et est accusé ouvertement de faire le jeu des Allemands.
Pacifiste dans l’âme, il s’oppose à l’entrée en guerre de la Russie contre les Empires centraux. Lors des premiers mois de la guerre, l’étoile de Raspoutine pâlit, mais la situation militaire devenant indécise, l’approvisionnement devenant difficile, les armes venant à manquer, poussent le Tsar à diriger l’armée sur le front et à laisser la régence à la tsarine et à son conseiller Raspoutine. Après les nombreux désastres militaires de 1916, Raspoutine est montré du doigt et est accusé ouvertement de faire le jeu des Allemands.
Note du président des Etats-Unis aux belligérants
Dans cette note, Woodrow Wilson demande aux belligérants de préciser leurs buts de guerre et se présente comme l’intermédiaire entre les puissances en guerre. L’Allemagne refuse catégoriquement que les Etats-Unis servent d’intermédiaire et ne répond pas à la note du président américain. L’Allemagne cherche toujours à préserver ses acquis territoriaux. Les Alliés, dont la Belgique, s’exécutent, mais le président US considère que les conditions de paix des Alliés sont exagérées (e.a. restitution de l’Alsace et de la Lorraine à la France). Dès lors, le président se consacre à la création d’une ligue internationale qui voit le jour après la guerre (SDN) et plaide pour une paix sans victoire, voir une paix blanche.
Rigueur de l’hiver et fermeture temporaire des écoles
L’hiver 1916-1917, plus particulièrement en janvier et février 1917, est particulièrement froid. Il est d’autant plus pénible que les Bruxellois souffrent de la pénurie de charbon, résultant des réquisitions allemandes. Des femmes avec enfants, des personnes âgées et démunies sont retrouvées mortes de froid dans leur maison. Le 14 février 1917, l’autorité allemande annonce par courrier qu’elle ne livrera plus de charbon aux écoles du Grand Bruxelles et demande dès lors aux établissements scolaires qui n’ont plus de réserve de charbon de fermer. Malgré la constitution d’une réserve propre pour les écoles et les particuliers les plus démunis, la Ville de Bruxelles est ainsi contrainte à fermer tous ses établissements scolaires : aucune exception n’est tolérée. Les enseignants et les élèves font de la résistance, ils se réunissent en secret dans des garages, des ateliers, des maisons privées, etc. afin d’échapper à la Polizei. Certains, dénoncés par des mouchards, sont arrêtés. Les écoles libres de l’agglomération bruxelloises sont également sujettes aux mêmes restrictions. A la mi-avril 1917, les écoles sont rouvertes, mais à condition de ne pas chauffer les locaux. Beaucoup d’écoles referment directement leurs portes.
Pour des raisons d’économie d’énergie, les magasins doivent fermer une heure plus tôt (à 17h00 au lieu de 18h00) et les vitrines ne peuvent plus être éclairées.
Radicalisation de la guerre sous-marine par l’Allemagne
Après le rejet par les Alliés de ses propositions de paix, le gouvernement de Berlin ordonne à ses U-Boote de reprendre l’offensive sous-marine à outrance menée entre février et septembre 1915, dans l’Atlantique, l’Adriatique et la Méditerranée. Il veut par cette stratégie mettre l’Angleterre à genoux afin qu’elle demande la paix et se retire du conflit. Il craint aussi l’intervention de son alliée américaine. Les pertes en navires marchands furent très élevées pendant les trois premiers mois de la campagne (en février 540.000 t., en mars 593.000 t. et en avril 881.000 t.). Grâce aux patrouilleurs armés, au système des convois, aux hydravions et à d’autres progrès techniques, les pertes en sous-marins allemands augmentèrent, tandis que les pertes alliées et neutres restèrent acceptables. La population britannique a souffert de cette campagne des U-Boote à partir de décembre 1917 : il fallut notamment instauré un rationnement des vivres et des produits de première nécessité.
Opération Alberich
Début du retrait stratégique des troupes allemandes sur la Ligne Hindenburg, ligne de fortifications bien défendue à l’est de la Somme, entre Arras et Laon.
Ce retrait était devenu impératif pour les Allemands : en réduisant la longueur du front, ils diminuaient le nombre de soldats nécessaires pour la défense des fortifications. À cette époque, 154 divisions allemandes faisaient face à 190 divisions alliées ! Lors de leur retraite, les Allemands adoptèrent la tactique de la terre brûlée ; ils détruisirent des ponts, des voies de chemin de fer et des gares, rendirent les sources d’eau et les châteaux d’eau inutilisables et minèrent des chemins et des habitations. Ils déportèrent aussi tous les hommes valides vers leurs nouvelles positions défensives dans le nord de la France, laissant les femmes et les enfants avec le strict nécessaire pour ne pas mourir de faim .
Les Alliés supposaient que les Allemands allaient se retirer. C’est dans la nuit du 14 mars que les Britanniques rencontrèrent les premières tranchées allemandes abandonnées. L’avance britannique put se faire ; ils n’avaient que l’arrière garde face à eux. Finalement, les Britanniques occupèrent les anciennes tranchées allemandes abandonnées par leurs propriétaires. La ville de Péronne tomba entre leurs mains le 18 mars 1917. Bapaume est prise le 17 mars par les Australiens, mais il fallut quelques jours pour neutraliser tous les pièges laissés par les Allemands. Les deux camps crièrent victoire ; les Allemands car ils avaient battu en retraite en bon ordre ; les Britanniques car ils avaient progressé de quelques kilomètres!
Réquisition des cuivres
La réquisition des métaux non-ferreux utilisé dans les ménages, tels le cuivre, l’étain, le nickel, est annoncée par arrêté du gouverneur général du 13 décembre 1916, à dater du 22 février 1917. Au début, les volontaires déposent leurs objets dans les dépôts de livraison établis e. a. à la gare du Luxembourg et à la Maison des Brasseurs. Dans un deuxième temps (le 6 mars), les habitants sont convoqués par la police locale belge pour des dépôts obligatoires. Au départ, les objets en cuivre ou en étain avec valeur artistique ou historique sont exemptés. Des perquisitions domiciliaires ont lieu chez les fraudeurs.
Révolution (bourgeoise) russe
Durant le printemps russe de 1917, après les journées révolutionnaires de février et l’abdication du tsar, le gouvernement provisoire prend des mesures politiques et sociales assez spectaculaires (libertés fondamentales, suffrage universel, abolition de la peine de mort, suppression de toute discrimination de caste, race et religion, reconnaissance du droit à l’autodermination pour la Pologne et la Finlande, promesse d’autonomie pour les minorités nationales). Le monde du travail ose désormais exprimer ses revendications. En quelques semaines, des milliers de comités d’usine et de quartier voient le jour !
Voici les résolutions des représentants des ouvriers des usines de tabac de Petrograd, prises en assemblée générale le 9 mars 1917 :
(Publié dans N. Werth, La Russie en révolution, Découvertes Gallimard, 2007).
Séparation administrative entre la Flandre et la Wallonie
Depuis le début de l’occupation du pays en août 1914, les Allemands ont appliqué leur politique de Flamenpolitik vis-à-vis de la Belgique : favoriser les Flamands, d’origine germanique, au détriment des Francophones. A partir de 1916, leur politique s’est radicalisée : d’abord la flamandisation de l’Université de Gand (octobre 1916) , ensuite le dédoublement du Ministère des Sciences et des Arts. L’étape suivante devait être la séparation administrative de la Belgique. Ce fut chose faite le 21 mars 1917, lorsque le gouverneur général von Bissing publia son décret sur la séparation administrative de la Belgique : « Il est formé en Belgique deux régions administratives dont l’une comprend les provinces d’Anvers, de Limbourg, de Flandre orientale et de Flandre occidentale, ainsi que les arrondissements de Bruxelles et de Louvain ; l’autre (comprend) les provinces de Hainaut, de Liège, de Luxembourg et de Namur. L’administration de la première de ces deux régions sera dirigée par Bruxelles, celle de la deuxième, de Namur. »
D’autres ministères clés furent dédoublés, comme par exemple l’Agriculture, l’Industrie et le Travail, la Justice et les Finances. Des fonctionnaires furent contraints de déménager à Namur. Les récalcitrants furent soit déportés, soit mis en résidence surveillée.
Les Etats-Unis déclarent la guerre au Reich allemand
Entre le naufrage du RMS Lusitania le 7 mai 1915 et l'entrée en guerre des Etats-Unis, le président Woodrow Wilson tente de sauvegarder la neutralité de son pays en soutenant l'effort de guerre des pays de l'Entente, en gardant l'armée américaine sur le pied de paix et en commerçant avec l'Allemagne (par le biais du sous-marin allemand "Deutschland"). Depuis le début de la guerre et les atrocités commises par les Allemands, la population américaine était devenue de plus en plus anti-allemande et considérait le Kaiser comme le méchant à abattre. Finalement après la décision des Allemands de relancer la guerre sous-marine à outrance contre tous les navires marchands commerçant avec la Grande Bretagne, le 1er février 1917 et après la divulgation dans la presse de la teneur du télégramme Zimmerman, - l'Allemagne promettait au Mexique qu'il récupèrerait ses anciens territoires dans le sud des Etats-Unis s'il entrait en conflit contre son voisin américain - , le président ne pouvait plus garder les Etats-Unis hors du conflit. Il demanda au Congrès l'autorisation de mener "une guerre pour mettre fin à toutes les guerres" afin de préserver la démocratie. Le Congrès le suivit et le 6 avril 1917 l'Amérique déclarait la guerre à l'Allemagne impériale.
Bataille de Vimy
En préparation de l’attaque, les Britanniques creusent deux spacieux tunnels vers la crête de Vimy, afin d’échapper aux observateurs allemands placés en hauteur. Le 9 avril 1917, les Canadiens se ruent à l’attaque de la crête de Vimy, jugée inexpugnable par les Allemands. Après quatre jours d’âpres combats dans la neige, la boue et le froid piquant, les Canadiens s’emparent de Vimy. Les Allemands ne considèrent pas qu’ils ont perdu la bataille de Vimy, vu leur vaillante résistance à une armée supérieure en nombre.
Offensive à Bullecourt
Le 10 avril 1917, la 5è armée du général Gough est sensée attaquer la village fortifié de Bullecourt couvert par 12 chars. A cause de la tempête de neige, les chars arrivent en retard et l’attaque est postposée au 11 avril. Faute d’une bonne communication, une division s’est lancée à l’attaque à l’heure dite et subit de très lourdes pertes.
L’attaque est lancée le 11 au matin, les chars s’avancent en premier, servant de couverture à l’infanterie. Les 2/3 des chars sont détruits par les Allemands avant d’arriver au village. Sans couverture et par manque de munitions, l’infanterie australienne ne résiste pas longtemps face à la contre-attaque allemande et doit se retirer. Un mois plus tard une nouvelle attaque est lancée contre le village fortifié, mais sans char cette fois-ci. Les résultats sont insatisfaisants.
Nomination du gouverneur général von Falkenhausen
Décès (après une double pneumonie fin 1916) du gouverneur-général von Bissing (74 ans) au château des Trois-Fontaines à Vilvorde et nomination du gouverneur général von Falkenhausen
Offensive Nivelle au Chemin des Dames et les mutineries dans l’armée française
Vers la fin de la bataille de la Somme, le général Joffre est persuadé que les Allemands ne sont plus capables de résister à une nouvelle offensive comme la bataille de la Somme et réunit les chefs des missions alliés en France, dont le chef des armées britanniques, le général Haig, à son quartier général de Chantilly. Convaincu que les Allemands vont bientôt passer à l’offensive, il propose un plan d’attaque en deux parties : une attaque franco-britannique dans le nord entre l’Oise et Arras afin de fixer les Allemands et les pousser à dégarnir le front de Champagne ; au centre, l’attaque principale de l’armée française porterait sur la région entre Craonne et Reims, en délaissant le secteur du Chemin des Dames, jugé inabordable par la configuration des lieux et l’état du sol. Le général Joffre est limogé le 12 décembre 1916 et remplacé par le général Nivelle, qui porte l’essentiel de son attaque sur le secteur « inabordable » du Chemin des Dames. Il espère ainsi percer les lignes allemandes en 48 heures et foncer sur Laon.
Ce plan s’avère désastreux ; le temps est exécrable en avril 1917 et les Allemands sont retranchés sur la ligne Hindenburg, position défensive bien bétonnée, occupant un espace plus réduit et donc nécessitant moins de soldats. L’offensive britannique dans la région d’Arras obtient quelques succès. Au centre, l’attaque principale française piétine : les chars français sont pratiquement tous détruits dès le premier jour, les fantassins n’arrivent pas à percer les lignes fortifiées allemandes, car l’artillerie française ne réussit à détruire les positions allemandes. Les pertes en hommes et en matériel sont terribles : en 15 jours 147.000 morts, blessés, disparus et prisonniers. Suite à ce cuisant échec, le général Nivelle est lui aussi limogé le 15 mai 1917 et remplacé par le général Pétain, partisan d’une politique défensive.
Ce désastre militaire et les lourdes pertes expliquent grandement les mutineries qui éclatent au sein de l’armée française d’avril à juin 1917. Il apparaît toutefois que les soldats mutins sont jeunes, principalement originaires de Paris, des intellectuels au courant des appels à la paix de la Gauche. Ils espèrent vivement que la Paix vienne très vite et qu’ils n’aient plus à se battre inutilement. Leurs espoirs sont vite déçus lorsque le gouvernement français rejette tout compromis de paix. Les mutineries cessent fin juin 1917.
L’image de Pétain est quelque peu écornée par les nouvelles recherches historiques : il réinstaure les conseils de guerre spéciaux comme ceux de 1914. On assiste à des condamnations à mort et des envois au bagne. Pétain utilise la carotte et le bâton : il élève le taux de permission, il améliore le bien-être des soldats au front en faisant construire des baraquements et en améliorant le ravitaillement en vivres. Le plus important est le changement de tactique : la politique de l’offensive à tout prix est maintenant remplacée par celle de la défensive.
Arrestation et condamnation de l’échevin Emile Jacqmain
L’échevin de l’Instruction publique est condamné à un mois de prison, car selon les autorités allemandes il n’a pas obtempéré avec la promptitude requise à l’ordre de fermer les écoles de la Ville de Bruxelles, à l’époque de la pénurie de charbon. Après avoir passé un mois en prison à St-Gilles, il est transféré à Celle (Allemagne) où Adolphe Max a également été déporté.
Arrestation du bourgmestre ff. de Bruxelles Maurice Lemonnier
Le 10 mai 1917 tous les bourgmestres de l’agglomération de Bruxelles sont convoqués à la Kommandantur pour interrogatoire au sujet de la non-exécution de l’ordonnance du gouverneur général du 26 avril 1917 portant sur la saisie de fils de fer barbelés et lisses chez les particuliers. Le soir, tous les bourgmestres sauf MM. Lemonnier de Bruxelles et Delleur de Watermael-Boitsfort sont relâchés. Les Allemands accusent Maurice Lemonnier et son collègue de Watermael-Boitsfort d’avoir refusé par patriotisme que son administration participe à cette saisie.
Le 21 mai, le premier est condamné à 12 mois de forteresse à Düsseldorf et le second à 9 mois.
Prise de Messines
Après ses succès à Arras et à Vimy, le maréchal Haig se sent assez fort pour attaquer avec de bons résultats le secteur au nord d’Ypres. Il concentre des forces supérieures en nombre et en puissance de feu sur un front plus étroit. Le premier objectif est la crête de Messines qui domine la vallée de la Lys, la ville d’Ypres et les positions britanniques. La préparation de l’offensive a déjà commencé à la fin de 1916, par la construction de nouvelles routes, l’allongement d’anciennes et la construction de tuyaux pour la distribution d’eaux. Les sapeurs britanniques creusent 25 mines sous la crête de Messines afin de faire sauter les positions fortifiées allemandes. Le 7 juin au matin, 19 mines explosent dans un bruit assourdissant, faisant au moins 10.000 victimes dans les rangs allemands en moins d’une seconde. Le tir de barrage et l’assaut de l’infanterie anglo-irlando-australo-néo-zélandaise qui s’en suit balaye la première ligne allemande, abasourdie par l’artillerie britannique. Le moral des soldats allemands est au plus bas, ce qui a pour effet que plusieurs milliers d’entre eux préfèrent se rendre. Malgré les contre-attaques allemandes, les Britanniques gardent le contrôle sur Messines. Ceci n’est que le prologue à la grande offensive de Haig, mieux connue sous le nom de troisième bataille d’Ypres.
Victoire des Arabes à Aqaba
Pour des raisons stratégiques (ouvrir un nouveau front au sud de l’empire ottoman afin d’alléger la pression turque sur le canal de Suez et la Palestine), économiques et commerciales (neutraliser la ligne de chemin fer du Hedjaz (Damas-Médine), concurrente des lignes maritimes vers les Indes), les Britanniques décident de soutenir la révolte arabe contre les Turcs, dirigée par le chérif de Médine Hussein ben Ali, en envoyant des émissaires, dont le plus connu est T.E. Lawrence (Laurence d’Arabie). Les Arabes acceptent de collaborer avec les Britanniques contre la promesse d’obtenir l’indépendance des territoires libérés des Turcs. D’autres tribus se joignent à la révolte, mais pas en assez grand nombre et de plus les chefs ne sont pas de grands stratèges. Après l’échec de l’attaque contre Médine, ils optent pour une stratégie défensive. Mais Laurence d’Arabie réussit à convaincre le fils de l’émir Hussein, Fayçal ben Hussein, d’attaquer le port d’Aqaba (en Jordanie) sur la Mer rouge, par l’intérieur des terres, en traversant le redouté désert du Néfoud. Pour son expédition militaire, il a besoin d’autres alliés. Il réussit à convaincre un ancien allié des Turcs, Auda, chef des redoutables Haoutat, de le suivre en lui offrant une grosse somme d’argent.
Le 6 juillet 1917, l’armée arabe dirigée par Laurence d’Arabie contourne les défenses turques et s’empare par surprise du port d’Aqaba avec l’appui de quelques navires de guerre de la Royal Navy. Ainsi les Britanniques transforment le port en point d’appui logistique pour les troupes de Fayçal qui continuent leurs opérations militaires vers le nord. La garnison turque de Médine est isolée, encerclée par des tribus arabes hostiles.
Un arrêté de l’occupant généralise l’emploi du néerlandais dans la région administrative flamande, qui comprend Bruxelles et sa périphérie. Les magistrats communaux bruxellois refusent d’obtempérer.
Conférence de Stockholm ou troisième conférence de Zimmerwald
La social-démocratie internationale s’est divisée au moment où a éclaté la Première Guerre mondiale en 1914. Dans tous les pays, qu’ils soient belligérants ou non, se retrouvent trois courants d’idée : à droite, les Socialistes majoritaires qui, dépendant de leur nationalité, sont pour ou contre une paix séparée avec l’Allemagne. A gauche se trouvent les Internationalistes, Révolutionnaires et Pacifistes rassemblés au sein du Comité international socialiste. On appelle ce groupement communément les Zimmerwaldiens, car leur première conférence avait eu lieu à Zimmerwald en Suisse en 1915. Un groupe centriste tente prudemment de relancer des relations entre les Socialistes des pays belligérants. Ce dernier groupe est représenté par le Bureau de l’Internationale socialiste, dont le secrétaire est le Belge Camille Huysmans.
Le 15 avril 1917, le Bureau de l’Internationale socialiste décide de s’établir à Stockholm, capitale d’un pays neutre. Très vite imité par les Zimmerwaldiens. Un Comité hollando-scandinave voit le jour qui œuvre pour l’organisation d’une conférence de la paix. Un troisième interlocuteur intervient : le soviet des ouvriers de Petrograd, composé de Mencheviks, de Bolcheviks et de Socialistes révolutionnaires réunis après la Révolution de février 1917.
En mai il est clair que les Britanniques, les Belges, les Français et les Russes rejetteront la conférence. S’ensuit une longue série de négociations bilatérales, de réunions préliminaires, de discussions tripartites et d’initiatives en tous genres. Les Zimmerwaldiens tiennent une conférence à Stockholm afin de savoir si, oui ou non, ils vont participer à la conférence. Les Russes proposent leur initiative de paix. Finalement quand après quatre mois la conférence semble à nouveau lancée, les gouvernements des pays alliés refusent de délivrer des passeports aux délégués socialistes qui veulent se rendre à Stockholm. A partir d’août 1917, il est clair que la conférence ne verra jamais le jour.
La révolution d’Octobre, aussi connue sous le nom de la révolution bolchevique est la deuxième phase de la révolution russe, après la révolution de Février, qui a eu lieu dans la nuit du 7 novembre (25 octobre) 1917. La révolution d'Octobre a été largement favorisée par la Première Guerre mondiale. Au moment de l'entrée en guerre, tous les partis politiques avaient été favorables à la participation de la Russie au conflit, à l'exception du Parti ouvrier social-démocrate de Russie. L'armée russe a subi des défaites sévères. Les usines ne sont pas assez productives, le réseau ferroviaire et la logistique sont inefficaces.
L'insistance du gouvernement provisoire à poursuivre la guerre — très impopulaire — a empêché la mise en œuvre de grandes réformes. Le programme bolchevique, reflété dans leurs slogans « la paix, le pain et la terre » et « Tout le pouvoir aux soviets » favorise les bolcheviques. La crise économique, qui a empiré depuis l'été 1917, la déception due à l'absence de réformes et le soutien du gouvernement provisoire par la plupart des partis ont favorisé les bolcheviks qui ont lancé une intense campagne de propagande à Petrograd.
Le 25 octobre 1917, Lénine et Trotski lancent leurs partisans dans un soulèvement armé à Petrograd contre le gouvernement provisoire dirigé par Kerenski. Le lendemain, Trotski annonce officiellement la dissolution du gouvernement provisoire lors de l'ouverture du Congrès pan-russe des soviets des députés ouvriers et paysans (qui compte 649 délégués, dont 390 bolcheviks). Les représentants au soviet de tout le pays approuvent l'insurrection. Le congrès adopte les décrets transférant tous les pouvoirs aux soviets et adopte également un décret sur la terre, sur la paix, sur les nationalités et sur le contrôle ouvrier sur la production.
Au lendemain de la révolution d'Octobre, la Russie devient le premier régime communiste (au sens marxiste) de l'Histoire.
Bataille de Caporetto ou de Karfreit ou douzième bataille de l’Isonzo
Après les gains territoriaux remportés par l’armée italienne à la fin de l’été 1917, les Allemands interviennent militairement sur le front italien aux côtés de leurs alliés austro-hongrois, jugés peu fiables. Les stratèges allemands (les généraux Ludendorff et Otto von Below) imposent leur objectif à l’Etat-major austro-hongrois : il n’est plus question d’attaquer la Vénétie, il faut éloigner définitivement les Italiens du port de Trieste. De plus, les Allemands décident d’attaquer par les vallées et non plus par les crêtes, comme les Austro-hongrois. Leur objectif est la ligne du Tagliamento. Vu que l’armée italienne a la supériorité du nombre (41 divisions contre 33), les Germano-austro-hongrois utilisent une tactique expérimentée sur le front russe par les Allemands : face à un ennemi supérieur en nombre, il faut attaquer un secteur réduit du front (5 km) avec toutes les forces disponibles. L’Etat-major italien est au courant de l’offensive grâce à des déserteurs autrichiens, mais à cause des nombreux ajournements de l’offensive, les Italiens ne sont plus sur leurs gardes.
L’offensive débute le 24 octobre 1917 par un pilonnage d’artillerie ; les positions italiennes en première ligne sont rapidement bousculées et les forces germano-austro-hongroises progressent de 150 km dans les lignes italiennes. Le général en chef Cadorna ne se rend pas tout de suite compte de l’ampleur de l’offensive et ce n’est qu’après quelques jours qu’il donne l’ordre de retraite sur le Tagliamento et ensuite sur le Piave. Le 2 novembre, les Germano-austro-hongrois atteignent leur objectif, la ligne du Tagliamento, mais ils ne s’y arrêtent pas, ils continuent vers le Piave, où ils sont stoppés par l’armée italienne reformée (9 novembre 1917). Le général Cadorna invité à une réunion interalliée à Versailles est remplacé par le général Diaz.
La bataille de Caporetto est un désastre pour l’armée italienne, qui perd près de 700.000 hommes, tués, blessés, prisonniers des Germano-austro-hongrois et déserteurs, 3.000 canons, 300.000 fusils, 73.000 animaux de bât, 2.500 véhicules de transport et d’importants stocks de vivres. À cause de la rapidité de leur progression, les armées germano-autrichiennes perdent leurs lignes de ravitaillement et se voient obligés de s’arrêter. En tenant tête sur le Piave, Venise est sauvée. L’armée italienne ne peut plus reculer ; elle doit par tous les moyens défendre le territoire national. Pour cela, les Italiens reçoivent l’aide de nombreuses divisions composées de forces françaises, britanniques et américaines.
Prise de Beersheba
Beersheba est à l’époque ottomane un centre administratif important, comportant un hôpital, des baraquements militaires, une gare de chemin de fer, une remise pour locomotives, un château d’eau, des entrepôts et quelques îlots de maisons, au nord du désert du Néguev. La garnison turque compte 1.000 hommes, des mitrailleuses et deux avions. A l’est et au sud de la ville, les tranchées ne sont pas protégées par un réseau de fils de fer barbelés. Le plus grand problème pour les assaillants est de trouver de l’eau dans le désert.
Avant de lancer une offensive d’envergure contre cette position clé, les Britanniques doivent chercher des points d’eau. Grâce à des expéditions et des interrogatoires d’arabes vivant dans la région, ils apprennent qu’une ancienne source pas trop loin de Beersheba est toujours exploitable. L’armée britannique et la cavalerie légère australienne se mettent en route et arrivent en vue de l’objectif le 31 octobre. Après un intense tir de barrage, les premières tranchées turcs et les réseaux de fils de fer barbelés sont détruits. Les trois divisions britanniques attaquent de l’ouest et du sud et repoussent les Turcs, mais les points d’eau de la ville sont toujours aux mains de l’ennemi. Pour terminer le travail la cavalerie légère australienne est envoyée à l’attaque des positions turcs au sud-est. Elle traverse les défenses trucs et envahit la ville de Beersheba.
Cette victoire permet aux forces britanniques de contourner la ligne de défense Gaza-Beersheba. Après de rudes combats, Gaza tombe le 6 novembre 1917. Les troupes turques entament leur retraite vers la Palestine.
Victoire des Canadiens à Passchendaele ou troisième bataille d’Ypres
Après les succès de l’offensive contre Messines, le chef de la force expéditionnaire britannique (BEF), le général Haig, décide de forcer une percée dans le secteur d’Ypres, et ensuite de continuer l’offensive en direction du port de Bruges afin de neutraliser la menace sous-marine, qui menace gravement l’économie britannique. Le premier objectif est de s’emparer de la crête entre Westrozebeke et Broodseinde et ce avant l’arrivée de l’hiver. Malgré les averses de pluie, la date du jour J est maintenue.
L’offensive commence le 31 juillet 1917 dans un épais brouillard. Au nord d’Ypres, l’armée française arrive à traverser l’Yser et s’empare successivement de Steenstrate et de Bikschote. Au centre, les Anglais enfoncent les lignes allemandes de 3 km et s’emparent de villages fortifiés comme Saint Julien. La progression en direction de la route Menin-Ypres est bloquée par les fortes pluies. Ce temps de répit permet aux Allemands de se réorganiser.
La seconde offensive est lancée le 16 août 1917 contre la ligne Geluveld-Langemarck. Les Français atteignent le lieu-dit Drie Grachten, tandis que les Britanniques s’emparent de Langemarck. Les soldats britanniques démoralisés ne progressent plus.
La troisième offensive débute le 20 septembre en direction du village de Geluveld, au sud d’Ypres. Les Britanniques et les ANZAC progressent mètre par mètre ; ils subissent une contre-attaque au gaz. Le polygone et Zonnebeke sont conquis, mais Geluveld reste aux mains des Allemands.
La dernière offensive débutant le 6 novembre est lancée par le Corps canadien de Currie. L’objectif, le village de Passendale, est atteint en deux heures au prix de lourdes pertes. La bataille de Passchendaele permet d’avancer de 8 km dans les lignes allemandes et de soulager la pression sur l’armée française. Mais toujours au prix de lourdes pertes : 8.500 Français, 4.000 Canadiens, 250.000 Britanniques et 260.000 Allemands morts, blessés et disparus.
Bataille de Cambrai
La bataille de Passchendaele n’ayant rapporté que quelques centaines de mètres de terrains et coûtée énormément de vie, le colonel J.F.C. Fuller proposa de lancer un raid de chars au sud de Cambrai. Le sol y est dur et ferme. L’idée fait son chemin et le raid devient un assaut important en vue de s’emparer de Cambrai, ville importante pour le ravitaillement des troupes allemandes, située à plus de 6 km derrière la ligne Hindenburg.
Le 20 novembre 1917, enveloppés par le brouillard, 376 chars britanniques suivis par l’infanterie s’avancent vers les tranchées de la ligne Hindenburg. Un tir de barrage d’artillerie accompagne la progression des chars. Les chars traversent sans problèmes les trois lignes de fils de fer barbelés et surprennent les soldats allemands qui pris de panique fuient en abandonnant leurs armes. Les chars n’atteignent pas le village de Flesquière, car la double ligne de tranchées y est plus profonde et les tirs allemands sont très précis. 179 des 376 chars sont mis hors d’état. Malgré les pertes, les équipages de chars ont retrouvé le moral. Le gain de terrain est perdu lors de la contre-attaque allemande du 30 novembre 1917.
Chute de Jérusalem
Après la victoire à la bataille de Gaza, le général Allenby décide qu’il est temps de s’emparer de la ville sainte, Jérusalem. Craignant des destructions de monuments religieux et de grandes valeur historique, le général britannique préfère encercler la ville, coupant de cette façon les Turcs de leurs lignes de ravitaillement. L’offensive commence le 19 novembre 1917 en suivant la route reliant Jaffa à Jérusalem. Malgré le climat froid et la résistance turque les troupes britanniques s’emparent de la colline de Nabi Samwil à quelques km de l’objectif. La colline suivante est trop bien défendue par les Turcs. Le XXè Corps contourne la colline et se dirige vers la ville sainte. Avant d’arriver à Jérusalem, le maire de cette ville se rend aux Britanniques, les Turcs ayant fuit dans la nuit du 7 au 8 décembre.
La chute de Jérusalem marque la fin de la campagne de Palestine. Les Turcs perdent le contrôle d’importants centres religieux tels La Mecque, Jérusalem et Bagdad.
Le Conseil de Flandre proclame l’indépendance de la Flandre
Le Conseil de Flandre proclame l’indépendance de la Flandre.
Paix séparée entre l’Allemagne et l’Ukraine
En décembre 1917, les Pouvoirs centraux, principalement l’Allemagne, profitent de l’affaiblissement de la République russe dirigée par les Bolcheviks et leur volonté de signer une paix sans annexion et sans indemnité, pour « défendre » les intérêts de l’Ukraine. Il était clair que les militaires et les industriels allemands voulaient s’emparer de l’Ukraine, grenier à blé de la Russie et possédant de nombreux bassins miniers, afin d’alimenter leur industrie de guerre et contourner le blocus de l’Entente.
Parallèlement aux négociations entre la Russie et les Puissances centrales, la nouvelle république d’Ukraine désire que ces Puissances centrales reconnaissent son indépendance, mais une guerre civile oppose le gouvernement issu de la Rada à celui de Kharkov d’obédience bolchevique. Afin d’attirer les bonnes grâce du gouvernement de la Rada, les Allemands proposent que les Austro-Hongrois cèdent la Galicie à l’Ukraine. Les Austro-Hongrois étaient prêts à accepter la paix à n’importe quel prix, du moment que leur population ne meurent plus de faim ! Au courant des problèmes alimentaires régnant dans la double monarchie, les Ukrainiens font augmenter les enchères lors des négociations territoriales. La volonté du ministre austro-hongrois des Affaires étrangères Czernin à céder la Galicie aux Ukrainiens cause une grave crise politique à Vienne. Le gouvernement de la Rada n’a pas les moyens de sa politique et voit dans un accord avec les Puissances centrales un moyen de battre ses adversaires bolcheviks. Mauvais calcul, car les troupes du gouvernement de Kharkov occupent Kiev.
La paix entre l’Ukraine et les Puissances centrales (dite Paix alimentaire) est signée le 6 février 1918. En février 1918, la Russie bolchevique n’avait toujours pas reconnu l’indépendance de l’Ukraine, car elle considérait que celle-ci faisait toujours partie de la Grande Russie et que personne ne pouvait s’immiscer dans ses affaires. L’armistice russo-allemand signée à Brest-Litovsk le 15 décembre 1917 venant à échéance le 17 février 1918, les Allemands reprennent leur progression le 21 et occupent l’Ukraine après de rudes combats contre les Gardes rouges de Kharkov et la Légion tchécoslovaque. Ainsi l’Ukraine était devenue la chasse gardée des Allemands et des Austro-Hongrois qui voulaient à tout prix y défendre leurs intérêts économiques.
Après le traité de paix avec l’Ukraine, avantageux pour l’empire austro-hongrois, la jeune république russe bolchevique et les gouvernements des Empires centraux, menés par l’Empire allemand, signent le traité de Brest-Litovsk le 3 mars 1918. Les Bolcheviks russes sont obligés de signer un traité de paix avec les empires centraux, car l’avancée allemande menaçait directement Petrograd. La guerre prend fin à l’est, ce qui permet aux Allemands de libérer des troupes pour le front occidental.
L’offensive du Printemps, également connue sous le nom de bataille du Kaiser (Kaiserschlacht), ou offensive de Ludendorff est un terme utilisé pour faire référence aux séries d’attaques allemandes sur le front occidental du 21 mars au 18 juillet 1918. Les Allemands s’étaient, en effet, rendu compte que leur seule chance de gagner la guerre était d’anéantir les Alliés avant que les Etats-Unis ne puissent déployer suffisamment de troupes en Europe pour vaincre l’Allemagne. Cinquante divisions allemandes avaient pu être redéployées sur le front occidental après la signature du traité de Brest-Litovsk avec la Russie révolutionnaire.
Plusieurs opérations allemandes furent mises au point : Michael, Georgette, Gneisenau et Blücher-Yorck. Michael constituait la principale attaque, qui était destinée à percer les lignes alliées, déborder les forces britanniques de la Somme à la Manche. Une fois que ceci aurait été réalisé, les Allemands espéraient que les Français chercheraient des conditions d’armistice. Les autres offensives étaient subordonnées à Michael et n’étaient que des diversions pour détourner les forces alliées de l’offensive principale sur la Somme.
Les Pariser Kanonen (canons de Paris) sont sept pièces d’artillerie à très longue portée utilisées à la fin de la Première Guerre mondiale par les Allemands pour bombarder Paris entre le 23 mars et le 9 août 1918. Connues sous le nom de « Grosse Bertha » par les Français (mais ce nom désigne un autre canon chez les Allemands), elles tiraient à plus de 120 km de distance et en un peu plus de 4 mois, elles ont envoyé 367 obus sur Paris et la périphérie, causant la mort de 256 personnes.
Le Raid sur Zeebrugge est le nom d'une opération secrètement préparée durant plusieurs mois, qui eut lieu dans la nuit du 22 au 23 avril 1918. Afin de mettre fin aux attaques dans la Manche menées par les U-Boote basés sur la Côte belge occupée, la Royal Navy et les Royal Marines lancèrent une attaque-éclair contre le port de Zeebrugge afin de neutraliser cette base de sous-marins et de torpilleurs allemands. La tentative réussit partiellement, mais avec des pertes importantes.
Le traité de Bucarest a été conclu le 7 mai 1918 entre le Royaume de Roumanie et ses vainqueurs, les Empires centraux, après l’armistice du 9 décembre 1917. Ce traité faisait de la Roumanie un vassal économique de l’Empire allemand et un grenier à blé de l’Empire austro-hongrois. Les armées des Empires centraux occupaient le territoire roumain. Chose étonnante, ce traité n’a jamais été ratifié par aucun des belligérants. De plus ce traité n’avait une validité que de six mois. L’abrogation du traité de Bucarest a été l’une des conditions de l’armistice entre les Empires centraux et la Triple-Entente du 11 novembre 1918.
Dans l’espoir de mettre fin à la menace des U-Boote sur le ravitaillement par mer des troupes britanniques basées en France, la Royal Navy lança deux raids éclairs sur le port d’Ostende abritant des sous-marins et des torpilleurs allemands. Le premier raid eut lieu en avril 1918.
Le second raid sur Ostende connu officiellement sous le nom d'Opération VS eut lieu dans la nuit du 9 au 10 mai 1918. Les deux raids n’aboutirent pas.
L’offensive des Cent jours était une série d’offensives alliées lancées contre les positions de l’armée allemande sur le front occidental. Les combats durèrent du 8 août au 11 novembre 1918 et chassèrent finalement les Allemands de France et de Belgique. Après la perte de la ligne Hindenburg, l’Etat-major allemand se rendit compte que la guerre était perdue. Les Allemands signèrent l’armistice et la paix revint en Europe.
La grippe de 1918, aussi connue sous le nom de « grippe espagnole », est due à une souche (H1N1) particulièrement virulente et contagieuse de grippe qui s'est répandue en pandémie de 1918 à 1919. Cette pandémie a fait 50 millions de morts selon l'Institut Pasteur, et jusqu'à 100 millions selon certaines réévaluations récentes. Elle serait la pandémie la plus mortelle de l'histoire dans un laps de temps aussi court, devant les 34 millions de morts (estimation) de la peste noire.
Dès la fin octobre 1918, un mouvement révolutionnaire secoue un grand nombre de villes d’Allemagne du Nord. Le 4 novembre, la ville de Kiel est aux mains des révolutionnaires. Le 9 novembre, la révolution atteint Berlin. Les ouvriers entrent en grève, des centaines de milliers de manifestants affamés et en colère affluent vers le centre de la capitale, des tracts appellent au renversement de la monarchie et un peu partout des « conseils de soldats » sont créés.
Devant cette situation insurrectionnelle, le chancelier, Max de Bade, tente d'ultimes démarches afin de convaincre Guillaume II et le Kronprinz de confier le trône à un régent. En vain. Dans la matinée, le général Groener qui remplace depuis le 26 octobre Ludendorff à la tête de l’armée, interroge une quarantaine d'officiers: selon eux, l'armée refuserait d'agir contre la population allemande. Vers 11h30, le chancelier prend l'initiative d'annoncer l'abdication de Guillaume II et du Kronprinz.
Friedrich Ebert, Chef du SPD (Sozialdemokratische Partei Deutschlands), accompagné de plusieurs membres de son parti, gagne la chancellerie. Max de Bade lui transmet alors les fonctions de chancelier. Immédiatement, Ebert diffuse plusieurs proclamations promettant la formation d'un gouvernement populaire, la paix et la liberté, mais exigeant l'ordre et le calme. Au début de l'après-midi, Philipp Scheidemann, membre du SPD, fait un pas supplémentaire sans avertir Ebert : il en proclame, depuis une fenêtre du Reichstag, l’avènement de la République allemande. Il s’agissait pour lui de devancer Karl Liebknecht et sa volonté de proclamer une République socialiste (ce qu’il fit d’ailleurs deux heures plus tard).
Le lendemain à l'aube, Guillaume II fuit en Hollande où il restera jusqu’à sa mort en 1941. La révolution allemande est une période de l'histoire de l'Allemagne correspondant à la fin de l'Empire allemand.
Au lendemain de la guerre, le Premier Ministre, Charles de Brocqueville, du gouvernement du Havre, démissionne. A Lophem, le Roi Albert Ier et ses conseillers soucieux de prolonger l’Union sacrée, décident de poursuivre dans cette voie en intégrant les socialistes au nouveau gouvernement. Ce système de Lophem installe en Belgique le système pluripartite dans le cadre de gouvernements de coalition, système que nous connaissons encore de nos jours. C’est également lors de cette entrevue de Lophem que le suffrage universel pur et simple est imposé par le roi Albert Ier. Toutefois l’Union sacrée périclite très rapidement – il n’en est déjà plus question lors du scrutin du 20 novembre 1921 – mais laisse quand même le temps au gouvernement de voter plusieurs lois sociales capitales telles que la journée des huit heures, la loi Vandervelde sur l’ivresse publique et la semaine des six jours.
Proclamation de la libération de Bruxelles et retour solennel d’Adolphe Max
Le 22 novembre 1918, le roi Albert Ier tint son discours du trône au Parlement. Il y promettait l’instauration immédiate du suffrage universel à partir de 21 ans pour les élections de la Constituante. Il y était également question de la suppression de l’article 310 du Code pénale concernant les syndicats, l’égalité entre Flamands et Wallons et l’ouverture d’une Université flamande à Gand.
Il était clair que les Socialistes étaient satisfaits du compromis atteint, mais certains catholiques continuèrent à résister en déclarant que les modifications qui venaient d’être apportées au droit de vote était anticonstitutionnelles. C’était la première fois, mais non la dernière, que le roi Albert fut accusé d’avoir agi par crainte de perdre sa couronne. Il ne s’agissait que d’un combat d’arrière-garde : les conservateurs avaient perdu la bataille.
Funérailles nationales de quinze héros
Signature du Traité de Versailles
Création de l’Oeuvre Nationale de l’Enfance
Premières élections législatives au suffrage universel pour les hommes
Transfert du soldat inconnu à Bruxelles
Assassinat de l’archiduc François-Ferdinand
Depuis la guerre russo-turque de 1875-1876, les Balkans sont une "poudrière". Les intérêts géo-politiques de l’empire austro-hongrois s’opposent au nationalisme pan slave de la Russie tsariste et de la Serbie et s’appuient sur la faiblesse de plus en plus patente de l’empire ottoman. En 1903, un coup d’Etat porte un prince pro russe sur le trône de Serbie, Pierre Karageorgevitch. Cinq ans plus tard, les sandjaks (divisions administratives) de Bosnie et d’Herzégovine, dans un premier temps administrés par les Autrichiens au nom de l’empire ottoman, sont finalement annexés par l’empire austro-hongrois, ce qui provoque la colère des Serbes et de la Russie tsariste. Les Autrichiens ont minutieusement choisi la date du voyage d’inspection de l’Archiduc François-Ferdinand et de son épouse à Sarajevo en Bosnie. Le 28 juin est une date importante du calendrier orthodoxe serbe, c’est le jour de Vidovdan ou Saint-Guy, mais cette journée commémore aussi la défaite serbe face aux Turcs en 1389 et le 14e anniversaire de mariage du couple princier. Sûrs d’eux, les Autrichiens ne tiennent pas compte de l’avertissement de l’ambassadeur de Serbie à Vienne. L’Archiduc n’écoute pas ses proches qui lui déconseillent d’aller à Sarajevo. Le couple princier arrive dans la capitale bosniaque sans escorte militaire. Après une visite houleuse à l’Hôtel de ville, François-Ferdinand souhaite rendre visite aux blessés d’un attentat perpétré dans la ville durant la matinée de sa visite. Mais le chauffeur se perd et, au niveau du pont latin, le nationaliste serbe Gavrilo Prinzip, membre du groupe "Jeune Bosnie", ouvre par deux fois le feu sur la voiture princière touchant l’Archiduc et sa femme qui meurent un quart d’heure plus tard. Les Serbes se réjouissent de l’événement, mais aussi tous ceux qui, à la Cour d’Autriche, n’apprécient pas les penchants slaves du prince héritier.
Déclaration de guerre de l’Autriche-Hongrie à la Serbie
L’attentat de Sarajevo est un prétexte politique et international pour aviver plus encore les tensions nationalistes et impérialistes très présentes sur tout le continent européen depuis le dernier quart du 19e siècle, doublées d’une course aux armements. Juste après l’attentat, les Autrichiens lancent un ultimatum aux Serbes, le 7 juillet 1914. En même temps, l’Autriche s’assure de son alliance avec l’Allemagne en cas de guerre. Soutenue par la Russie, la Serbie rejette l’ultimatum et l’Autriche déclare la guerre à la Serbie le 28 juillet 1914. Ce qui a pour résultat un effet domino, la Russie alliée slave de la Serbie mobilise, la France, alliée de la Russie, en fait tout autant. Alliée quant à elle de l’Autriche-Hongrie, l’Allemagne suit le mouvement. Le 29 juillet, l’armée belge est mise sur "pied de paix renforcée" pour assurer la neutralité du pays. Le 4 août 1914, la guerre éclate dans toute son horreur. Par le jeu des alliances, le conflit est très rapidement une guerre mondiale.
Discours de Jean Jaurès au Cirque Royal à Bruxelles
Soucieux de pacifisme, le Bureau socialiste international multiplie les appels à la paix. A l’invitation d’Emile Vandervelde le président de la Seconde Internationale, l’homme politique socialiste français Jean Jaurès est invité au Cirque Royal à Bruxelles pour un meeting contre la guerre où il prononce un discours: "Si l’on pouvait lire dans le cœur des gouvernants, on pourrait y voir si vraiment ils sont contents de ce qu’ils ont fait. Ils voudraient être grands: ils mènent les peuples au bord de l’abîme: mais au dernier moment, ils hésitent; le cheval d’Attila effarouche encore mais il trébuche. Cette hésitation des dirigeants, il faut que nous la mettions à profit pour organiser la paix". Le lendemain Jaurès est assassiné à Paris au Café du Croissant par Raoul Villain, étudiant nationaliste revanchard.
Violation de la neutralité belge par l’Allemagne
La neutralité de la Belgique était reconnue dans le droit international, notamment par l’Allemagne. Le Kaiser, lui-même, avait promis de s’y tenir. Mais le 2 août 1914, tablant sur les liens familiaux de la Reine Elisabeth avec l’Allemagne, il lance un ultimatum à la Belgique pour laisser passer ses troupes et envahir la France, alliée de la Russie. Cet ultimatum est rejeté par le gouvernement et le Roi Albert Ier prononce son célèbre discours patriotique au Parlement: Un pays qui se défend s'impose au respect de tous, ce pays ne périt pas. J'ai foi en nos destinées. C’est la guerre: les troupes allemandes envahissent le pays. Après d’âpres combats dans les provinces wallonnes, mêlant des soldats français et belges, l’envahisseur se trouve aux portes de Bruxelles le 19 août.
Entrée des Allemands à Bruxelles
L’entrée des Allemands à Bruxelles se déroule dans le calme et la résignation. Frappé par la violence des combats dans les villes wallonnes, comme par exemple à Dinant, le Bourgmestre de la Ville de Bruxelles Adolphe Max appelle ses concitoyens à ne pas prendre les armes contre l’envahisseur. Espérant la Belgique libre et indépendante, il annonce un résistance pacifique et demande la confiance de ses administrés qu’il ne trahira jamais: Aussi longtemps que je serai en vie et en liberté, je protégerai de toutes mes forces les droits et la dignité de mes concitoyens.
Défaite russe à Tannenberg
La bataille de Tannenberg a lieu sur un territoire hautement chargé d’histoire nationaliste puisqu’au Moyen Age le royaume de Pologne-Lituanie s’y était opposé avec succès aux chevaliers de l’Ordre teutonique. Cette fois, en 1914, les Russes sont écrasés par la force allemande, victorieuse, qui capture plusieurs dizaines de milliers de prisonniers et saisit un important matériel militaire, notamment des canons et des chevaux. Sur le front de l’Est, la guerre s’annonce très longue aussi.
Bataille de la Marne
La bataille de la Marne se solde par une retraite des Allemands et une victoire française, protégeant ainsi l’invasion de Paris et mettant fin à la course vers la mer. Menée par le maréchal Joffre, cette bataille bénéficie du secours d’une division supplémentaire envoyée sur ordre du gouverneur militaire de Paris grâce à la réquisition des fameux "taxis de la Marne".
Arrestation d’Adolphe Max
Le Bourgmestre de la Ville de Bruxelles, Adolphe Max, s’est efforcé dès le début de la guerre à pratiquer une politique de résistance pacifique afin d’éviter toutes représailles de la part de l’occupant. Le 16 septembre, il appelle les Bruxellois à se résigner à l’interdiction allemande d’arborer les couleurs nationales jugées blessantes pour les troupes ennemies et à accepter ce nouveau "sacrifice" en attendant "patiemment l’heure de la réparation". Pendant les premières semaines de la guerre, Max s’investit totalement dans le soutien de ses concitoyens, notamment pour l’organisation des secours des réfugiés et des familles de soldats au front. Il veille au ravitaillement de la ville et tente de prévenir tout débordement. Mais le 26 septembre, en réponse à la suspension allemande des bons de réquisitions, Max refuse de continuer à payer le solde de la contribution de guerre due par la Ville. Déjà fort irrités précédemment par son attitude très ferme à leur égard, les Allemands procèdent à l’arrestation du Bourgmestre pour motif d’insoumission. Emprisonné en Allemagne, Adolphe Max devient l’icône de la Résistance et reçoit des milliers de lettres de soutien de la part de ses administrés. La colère que je ressens de n’être pas en ce moment à mon poste, laissera en moi des traces qui ne s’effaceront jamais. Mais je ne suis ni découragé ni démoralisé. Moins que jamais, je doute de l’avenir. Ma confiance et mon espoir grandissent chaque jour…, écrit-il à Madame P. Vandervelde le 12 décembre 1914. Libéré à la fin de la guerre, il revient en héros à Bruxelles le 17 novembre 1918.
Mise en circulation du Reichsmark en Belgique
Après avoir tenté en août 1914 de mettre la main sur l’encaisse de l’Etat à la Banque Nationale dont les billets et la réserve d’or étaient déjà transférés à Londres, l’occupant suspend son privilège d’émission et le confie à la Société générale. Il fixe des impôts et des amendes de guerre dans sa devise dont il arrête avantageusement le change. Il met aussi en circulation le Reichsmark comme unité de paiement légal en Belgique, touchant encore un peu plus à la souveraineté nationale. 800 communes décident d’émettre des "monnaies de nécessité" pour parer aux problèmes de circulation monétaire.
Chute d’Anvers
Dès l’occupation de Bruxelles à la fin du mois d’août et afin d’épargner les forces militaires belges, le Roi Albert décide de replier son armée à Anvers, protégée par un ensemble de forteresses. Ce retranchement gène considérablement les Allemands qui décident début septembre d’en finir. La conservation d’Anvers est évidemment importante pour les Belges et les Alliés à cause de sa situation portuaire stratégique. Devant la force de frappe, le Roi ne peut qu’organiser la retraite et la place d’Anvers capitule le 10 octobre. L’armée belge se retire derrière l’Yser où une nouvelle bataille les attend quelques jours plus tard.
Le Gouvernement belge se rend au Havre
Le Gouvernement d’union nationale du baron de Broqueville quitte Bruxelles le 17 août 1914 pour Anvers, puis se retranche à Ostende le 10 octobre. Trois jours plus tard, il se rend au Havre à bord de deux bateaux et s’installe à Sainte-Adresse, où il ne jouit pas de l’exterritorialité, mais bénéficie de la bienfaisance des autorités françaises. Le chef du gouvernement Charles de Broqueville rejoint Le Havre après avoir supervisé le bon acheminement du ravitaillement pour les troupes belges à Dunkerque. Le Roi, quant à lui, s’installe pour la durée de la guerre à La Panne. Le Parlement belge ne se réunit plus du 4 août 1914 à l’automne 1918, vu que la grande majorité des parlementaires reste en Belgique occupée. La Belgique est le seul pays parmi les belligérants dont le Parlement ne siège pas pendant les hostilités. Les lois sont remplacées par des arrêtés-lois ou des décrets délibérés en Conseil des Ministres. Un arrêté-loi de 1916 prolonge le mandat des parlementaires, le pays se trouvant dans l’impossibilité d’organiser des élections législatives. Dès le début de la guerre, le Gouvernement catholique s’ouvre à d’autres partis pour former un gouvernement d’union nationale: en août 1914, trois ministres d’État sans portefeuille se joignent au gouvernement d’union nationale: les libéraux Paul Hymans et Eugène Goblet d’Alviella et le socialiste Émile Vandervelde. En 1916, Henry Beyens remplace Julien Davignon au poste de ministre des Affaires étrangères ; en août 1917, Vandervelde devient le nouveau ministre de l’Intendance et en octobre de la même année, Hymans est nommé ministre des Affaires étrangères.
Bataille de l’Yser et d’Ypres
Derrière l’Yser où elle s’est retranchée après la chute d’Anvers, l’armée belge bien qu’inférieure en nombre défend avec opiniâtreté ses positions. Le 24 octobre, elle est renforcée par une brigade française. Le lendemain, elle décide d’inonder la plaine de Nieuport à Dixmude en ouvrant les écluses. Le flot de plus en plus violent oblige les Allemands à reculer et à se retrancher. L’Yser devient ensuite la ligne de front et la nouvelle "frontière" entre le reliquat d’une Belgique libre et le reste du pays occupé. La guerre de mouvement fait place à la guerre de tranchée, de la mer du Nord à la Suisse. C’est l’enfer des "boyaux de la mort", décrit par de nombreux soldats, comme ce marin français, premier maître fusilier Déniel, tué le 16 décembre: Nous vivons en vrais sauvages. Traumatisés par l’étendue des pertes humaines, les soldats allemands et britanniques improvisent une trêve de Noël, le 25 décembre 1914, en entonnant des chants et en s’échangeant de petits cadeaux.
Création de la "Commission for Relief in Belgium"
L’invasion a totalement bouleversé la vie économique du pays: coup d’arrêt au commerce, fermeture d’usines, chômage forcé des ouvriers, suspension des payements de l’Etat. La misère est la première conséquence directe de l’occupation. A la peur des exactions de l’envahisseur, s’ajoute l’angoisse de ne pas trouver de quoi se nourrir. Le 19 octobre 1914, le financier belge Emile Francqui et Herbert Hoover, ingénieur et futur homme politique américain, qui se connaissent de grands chantiers en Chine, se rencontrent à Londres et fondent la "Commission for Relief in Belgium" (CRB), visant à approvisionner le pays en denrées alimentaires. Ils obtiennent le protectorat diplomatique de l’Espagne et des Etats-Unis pour l’achat et le transfert des vivres vers la Belgique. En mer, le Royaume-Uni accorde aux bateaux de la CRB un sauf-conduit pour déroger au blocus continental. Sur le territoire national, c’est le "Comité National de Secours et d’Alimentation" (CNSA) qui en assure la distribution équitable. Créé au départ à Bruxelles pour les Bruxellois, peu de temps après l’invasion allemande, le CNSA déploie rapidement son action de manière décentralisée vers toutes les provinces et communes de Belgique. Tout ce qui touche à l’acheminement d’alimentation se fait sous forme de transactions comptables, alors que les départements de secours sont, quant à eux, financés sur les bénéfices de l’alimentation et les dons provenant de la Belgique ou de l’étranger. Ernest Solvay accepte la présidence du CNSA en le dotant d’un subside considérable pour ses frais de fonctionnement.
Déclaration de guerre de la France et de la Grande-Bretagne à l’Empire ottoman
Malgré sa réputation d’"homme malade" de l’Europe, l’empire ottoman entre en guerre en se rangeant du côté de la "Triple Alliance" (les empires centraux d’Allemagne et d’Autriche-Hongrie ainsi que l’Italie qui changera de camp en 1915). Dès lors, il s’oppose aux pays de la "Triple Entente" (France; Russie; Royaume-Uni) auxquels la Belgique, la Serbie, le Monténégro sont alliés ainsi que le Japon qui déclare la guerre à l’Allemagne le 23 août comme allié de l’Angleterre.
Introduction de l’heure allemande
Cherchant à uniformiser au maximum l’administration de ses nouveaux territoires, l’Allemagne impose l’heure d’Europe centrale (Greenwich +1), restée d’application jusqu’à nos jours. La pratique de l’heure d’été est également introduite par les Allemands en 1916 (Greenwich +2).
Nomination du Gouverneur Général von Bissing
Le général de cavalerie Moritz von Bissing est désigné comme nouveau gouverneur général en Belgique pour remplacer Colmar von der Golz, nommé par le Kaiser en Turquie afin d’y mener des opérations militaires. von Bissing arrive en Belgique au moment où les Allemands subissent des difficultés sur le front de l’Yser. Il s’adonne à des vastes campagnes d’information et de propagande par voie d’affichage auprès des populations civiles occupées. Il s’attaque à la Résistance, en condamnant notamment à mort Edith Cavell. Il prône une division administrative de la Belgique, en séparant la Flandre de la Wallonie.
Bombardement des ports de Whitby et Hartlepool
Dans le cadre de la campagne de blocus allemand des côtes anglaises, des navires de guerre allemands posent des mines et bombardent des ports dans les mois de novembre et décembre 1914. Le summum est atteint le 16 décembre, lorsqu’une escadre de croiseurs lourds allemands commandée par l’amiral Franz von Hipper, bombarde les ports de Whitby et de Hartlepool sur la côte Est de la Grande-Bretagne, faisant 700 victimes civiles. Ces brèves attaques n’influent pas le cours de la guerre, mais le nombre de civils tués et les dégâts matériels ont des répercussions immenses sur le moral de l’establishment anglais.
Lettre pastorale "Patriotisme et Endurance" du Cardinal Mercier
Pendant toute la durée de la guerre, le Cardinal Mercier s’efforce d’encourager et de soutenir les fidèles catholiques, par la voie de lettres pastorales lues le dimanche à la messe. Alors qu’il revient du conclave qui venait d’élire au mois d’août le nouveau pape Benoît XV, le primat de Belgique est profondément choqué par la situation de son pays. Son texte écrit pour la Noël 1914, "Patriotisme et Endurance", est une réflexion théologique et morale sur la résistance: Ce pouvoir n’est pas une autorité légitime. Et, dès lors dans l’intimité de votre âme, vous ne lui devez ni estime, ni attachement, ni obéissance.
Bombardements de terreur par Zeppelins allemands en Angleterre
Le premier bombardement aérien stratégique de terreur sur la Grande Bretagne a lieu dans la nuit du 19 au 20 janvier 1915. Deux zeppelins (Luftshiffe L 3 et L 4) bombardent l’est de la Grande Bretagne et tuent 20 civils. Jusqu’en 1918, pas moins de 55 attaques aériennes sont menées par des dirigeables de l’Armée et de la Marine allemandes ; 203 tonnes de bombes sont lâchées, faisant plus de 500 morts et plus de mille blessés civils. Ce nombre élevé de victimes s’explique par le fait que le survol de zeppelins était considéré au départ comme une simple curiosité. À chaque alerte, on sortait voir apparaître les longs cigares sombres passer au-dessus des têtes. Afin de stigmatiser la population, la propagande britannique met l’accent sur les innocentes victimes des bombardements et baptisent les zeppelins les «baby killers». Bientôt, la défense antiaérienne du Royaume Uni prend le dessus. Elle s’équipe d’avions de chasse pouvant voler plus vite et plus haut, de canons performants et de puissants projecteurs, afin de neutraliser les zeppelins. Dans le courant de 1917, les Allemands utilisent de plus en plus des bombardiers à long rayon d’action, reléguant leurs fragiles dirigeables à des tâches de reconnaissance maritime. Entre 1915 et 1917, les Allemands perdent 30 zeppelins sur 84 envoyés par-dessus la Grande Bretagne.
Création de l’Oeuvre Nationale des Orphelins de Guerre
Le Comité National de Secours et d’Alimentation émet le vœu de s’occuper des œuvres de l’enfance et plus particulièrement des orphelins, un problème humanitaire pressant. Si, au départ, les divergences idéologiques entre catholiques d’une part, libéraux et socialistes d’autre part se ressentent, une entente cordiale entre les protagonistes voit le jour pour créer une seule "Œuvre Nationale des Orphelins de la Guerre" unifiée. Le cardinal Mercier en est le président d’honneur et Émile Francqui, le directeur du Comité de direction.
Première utilisation du gaz asphyxiant à Ypres
La première attaque au gaz asphyxiant (chlore) est lancée par les Allemands sur le front de l’est au tournant des années 1914-1915, mais les Russes ne se rendent compte de rien, à cause des conditions météorologiques qui leur sont favorables. Le chlore atteint les yeux, la gorge, le nez, les poumons et à forte concentration entraîne la mort par asphyxie. Une nouvelle attaque au chlore est planifiée le 22 avril 1915 sur le front d’Ypres face aux troupes coloniales françaises et aux troupes britanniques. Les gaz sont envoyés dans les airs à l’aide de quatre mille tuyaux cylindriques enfoncés dans le sol, le vent devant souffler dans la direction de l’ennemi. Les soldats français et anglais pris de panique laissent une brèche de 8 km de large dans le front allié. Ces nuages de gaz se dissipent toutefois assez vite. Afin d’améliorer la précision de l’attaque, les Allemands utilisent ensuite des obus chargés d’une certaine quantité de poudre et d’une poche de gaz, qui se répand après l’explosion de l’obus. Plus tard, les Alliés en font de même et les Français deviennent même des experts dans la fabrication d’obus chargés au gaz. Un autre gaz, resté dans la mémoire collective, l’Ypérite (à cause d’Ypres) ou gaz moutarde (à cause de son odeur) fait quant à lui son apparition, deux ans plus tard, sur le front de l’Ouest, en avril 1917. Ce gaz vésicant (sulfure d’éthyle dichloré) s’attaque à tout l’organisme (yeux, muqueuses, poumons, peau, anémie, immunité) ; il est aussi nocif pour l’environnement, car il reste présent dans le sol. Ces armes sont responsables de la mort de 4% des soldats tués pendant la Grande Guerre. La peur et l’angoisse, occasionnées par la vue des «gazés» mutilés à vie, poussent les grandes puissances à condamner et à bannir ces armes de destruction massive lors des traités de désarmement durant l’entre-deux-guerres. Comble de l’ironie, le concepteur allemand du gaz à base de chlore, le savant nationaliste Fritz Haber, reçoit le prix Nobel de Chimie en 1918 pour ses recherches sur la synthèse de l’ammoniac.
Début du génocide arménien
La position des Arméniens au sein de l’empire ottoman est extrêmement délicate depuis la fin du 19e siècle. De nombreuses victimes tombent au nom du nationalisme ottoman qui ne peut supporter le programme de réformes politiques et d’indépendance défendu par les Arméniens. En novembre 1914, l’empire ottoman s’associe aux empires centraux et déclare la guerre aux pays de l’Entente (Russie, Grande-Bretagne, France). Les Arméniens choisissent le camp des Russes, leurs coreligionnaires chrétiens, qui pénètrent dans l’empire ottoman. En avril 1915, la ville de Van, à l’Est de l’empire, se soulève et proclame un gouvernement arménien indépendant; les Alliés débarquent à Gallipoli, porte d’entrée vers Constantinople. La réaction ottomane est brutale et terrifiante. Tous les Arméniens vivant en Asie mineure, une région considérée comme le foyer national du peuple turc, sont physiquement éliminés. D’abord l’élite intellectuelle arménienne de Constantinople et ensuite les officiers et soldats arméniens sont massacrés. Les Arméniens des provinces orientales subissent le même sort. Les hommes qui ne sont pas abattus sur place sont déportés en même temps que les femmes et les enfants vers la Syrie ottomane. Beaucoup meurent de faim et de soif en cours de route. Les autres Arméniens de l’empire subissent le même sort en septembre. Ils sont convoyés vers Alep dans des wagons à bestiaux puis transférés dans des camps de concentration en zone désertique où ils ne tardent pas à succomber à leur tour. Au total deux tiers de la population arménienne sous souveraineté ottomane disparaît pendant l’été 1915.
Bataille des Dardanelles
Croyant pouvoir se frayer un passage par le détroit des Dardanelles afin d’atteindre le cœur de l’empire ottoman, Constantinople, et de contraindre les Turcs à la reddition, le gouvernement britannique (Lord de la Mer, W. Churchill) décide de débarquer un fort contingent sur la péninsule de Gallipoli. Les troupes britanniques et de l’ANZAC (Australia New Zealand Army Corps) débarquent à trois endroits différents de la péninsule de Gallipoli, appuyés par des navires de guerre alliés. Les Britanniques sont pris sous un feu nourri provenant des forts turcs surplombant les plages de débarquement. Les objectifs assignés aux troupes alliées, des points situés en hauteur, ne sont pas atteints. Le réveil turc a été rapide, entre autres grâce à l’intervention d’un officier turc bientôt célèbre, Mustapha Kemal, futur Atatürk. Les troupes alliées et turques lancent des attaques et des contre-attaques sanglantes, sans gains notables. Les Alliés sont cloués sur place. Un nouveau débarquement au Nord de la péninsule, le 6 août 1915, se solde par un échec, les Turcs dominant les points élevés. L’état-major demande de nouveaux renforts, mais le gouvernement pense sérieusement à arrêter la boucherie. Après une mission d’enquête, le gouvernement britannique décide de rapatrier une partie de ses troupes, rapatriement qui s’échelonne du 7 au 20 décembre 1915. Les dernières troupes rembarquent entre le 28 décembre 1915 et le 8 janvier 1916. Les Turcs n’ont pas réagi pendant le rembarquement. Pertes alliées: 252.000 hommes; pertes turques: 250.000 hommes.
Déclaration de guerre de l’Italie contre l’Autriche-Hongrie
Au début de la guerre, l’Italie fait partie de la Triplice avec l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie. Plus tard, elle négocie secrètement son changement de camp avec les pays de l’entente. Les termes de cette négociation portent notamment sur la promesse de gains territoriaux importants pour l’Italie, détachés entre autres de l’empire austro-hongrois, comme les villes de Trieste ou de Pola sur la mer adriatique, en cas de victoire contre l’ennemi. Ces emprises territoriales italiennes font d’ailleurs l’objet d’âpres négociations lors du traité de Versailles en 1919. Trieste est toujours italienne. Après la Seconde guerre mondiale, Pola est rattachée à la Yougoslavie, dans l’actuelle Croatie.
Naufrage du Lusitania
Le paquebot RMS Lusitania, reliant New York à Liverpool, est coulé par le sous-marin allemand U-20 dans la mer d’Irlande. Parmi les 1198 victimes civiles, figurent 124 américains et une belge, l’épouse du Dr Antoine Lepage, Marie Lepage, revenant d’une tournée de récolte de fonds aux États-Unis. La question du transport illicite de munitions et d’armes à bord du Lusitania, navire civil battant pavillon britannique, reste ouverte. Les eaux territoriales britanniques avaient été déclarées zones de guerre par le gouvernement allemand. Or, d’après la propagande allemande, le navire transportait des munitions qui auraient été la cause du naufrage rapide en 18 minutes. Les avis des experts sont à l’heure actuelle toujours assez divisés sur cette question et des recherches sont encore en cours dans les derniers restes de l’épave sous-marine. Ce torpillage a causé une vive émotion dans la population britannique; les États-Unis d’Amérique ne rentreront cependant en guerre que deux ans plus tard.
Elan patriotique des restaurateurs et cafetiers bruxellois
L’occupant allemand interdit toute manifestation patriotique à l’occasion de la fête nationale belge, la première depuis l’occupation de Bruxelles le 20 août 1914. Comment résister? De nombreux restaurateurs, cafetiers et commerçants bruxellois décident tout simplement de fermer leur enseigne.
Conférence socialiste internationale à Zimmerwald
Objectif: rassembler les socialistes fidèles à l’Internationalisme, lutter contre la guerre et contre le triomphe du chauvinisme et du militarisme dans la social-démocratie, contre la participation à des gouvernements d’Union sacrée, considérés comme nationalistes. 38 délégués socialistes provenant de divers pays européens (Allemagne, France, Russie, Italie, Grande-Bretagne, Suisse, Suède, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Roumanie, Bulgarie) et le Bund, organisation socialiste des travailleurs juifs de l’Europe de l’Est, se réunissent à Zimmerwald, un petit village de Suisse. Dans leur manifeste, rédigé par Léon Trotsky, ils dénoncent le capitalisme, l’impérialisme, le chauvinisme et le militarisme comme les causes de la barbarie et de la guerre. Ils exhortent les travailleurs à s’unir contre la guerre et à lutter pour la paix: «Il faut entreprendre cette lutte pour la paix, pour la paix sans annexions ni indemnités de guerre. Mais une telle paix n’est possible qu’à condition de condamner toute pensée de violation du droit et des libertés des peuples».
Nouvelles tentatives de percées en Champagne et en Artois
La stratégie est de ne pas laisser les Allemands s’attaquer aux alliés séparément: selon le Général Joffre, l’Entente doit attaquer ensemble et sans relâche. Une troupe sur la défensive perd ses capacités physiques et morales. Les Français attaquent donc en Champagne et les Britanniques en Artois. L’état-major français, Joffre en tête, pense détenir la clé de la réussite: en rassemblant un plus grand nombre de pièces d’artillerie lourde et en attaquant sur un front suffisamment large, une percée serait enfin possible. Des troupes de réserve sont à disposition afin de pouvoir percer au-delà des premières lignes. Mais la portée de l’artillerie lourde française ne s’avère toutefois pas assez longue pour atteindre la deuxième ligne de fortifications allemande, en retrait par rapport au front. De plus, cette ligne est creusée en contre-pente afin d’échapper aux observations aériennes des alliés. Le résultat se solde par d’effroyables pertes humaines et pour un gain territorial insignifiant.
Entrée en guerre de la Bulgarie
Courtisée depuis le début du conflit tantôt par les alliés, tantôt par les puissances centrales, la Bulgarie finit par se ranger du côté de la Triplice. Elle espère en échange pouvoir agrandir son territoire, notamment sur la Macédoine serbe qui appartient à l’Empire ottoman. Au courant de ces tractations, les Alliés posent un ultimatum au roi Ferdinand de Bulgarie. Celui-ci le refusant, la Bulgarie entre dans la Première Guerre mondiale.
Exécution de l’infirmière d’origine anglaise Édith Cavell
L’infirmière britannique Édith Cavell (1865-1915) incarne l’image de la résistance contre l’ennemi. Soignant de nombreux soldats alliés blessés, elle les aide à regagner leurs unités. Dénoncée, elle est arrêtée par les Allemands, arbitrairement jugée, sans l’aide d’avocat, et lâchement exécutée le 12 octobre 1915 au Tir national à Schaerbeek (lieu actuel de la RTBF). Son histoire dramatique, très connue outre-Manche, sert pendant la guerre au gouvernement et à l’armée pour susciter l’émotion de la population britannique et le recrutement de nouveaux soldats. La dépouille mortelle d’Edith Cavell est transférée après la guerre, en 1919, à Londres.
Conférence interalliée de Chantilly
Après les échecs des offensives alliées en Champagne, en Artois, en Flandres et dans les Balkans, les alliés se rencontrent à Chantilly pour préparer de nouveaux assauts en 1916.
Début de la bataille de Verdun
Déclaration de guerre de l’Allemagne au Portugal
Exécution de Gabrielle Petit
Insurrection irlandaise
Bataille navale de Jutland
Offensive du général russe Broussilov
Début de la bataille de la Somme
Amende d’un million de mark pour la Ville de Bruxelles
Traité d’alliance entre la Roumanie et les pays de l’Entente (Alliés)
Première utilisation des chars d’assaut par les Anglais
Victoire belge à Tabora contre les troupes allemandes de l’Est africain
Déclaration de guerre de la Grèce contre la Bulgarie et contre l’Allemagne
Dégradation de la situation alimentaire en Belgique
Radicalisation de la guerre sous-marine par l’Allemagne
Révolution (bourgeoise) russe (Kerenski)
Séparation administrative entre la Flandre et la Wallonie
Entrée en guerre des Etats-Unis
Nomination du gouverneur général von Falkenhausen
Arrestation de l’Echevin Maurice Lemonnier, bourgmestre faisant fonction de la Ville de Bruxelles
Début des mutineries dans l’armée française
Victoire des Arabes à Aqaba (Laurence d’Arabie)
Révolution bolchevique en Russie
Offensive autrichienne en Italie
Victoire des Canadiens à Passchendaele
Paix séparée entre l’Allemagne et l’Ukraine
Traité de paix de Brest-Litovsk
Nouvelle offensive allemande en Flandre
Traité de paix de Bucarest
Bombardement de Paris par la "Grosse Bertha"
Début de la contre-attaque alliée
Epidémie de grippe espagnole
Abidcation du Kaiser et proclamation de la république de Weimar
Armistice. Entrevue de Lophem
Proclamation de la libération de Bruxelles et retour solennel d’Adolphe Max
Entrée du Roi Albert à Bruxelles
Funérailles nationales de quinze héros
Signature du Traité de Versailles
Création de l’Oeuvre Nationale de l’Enfance
Premières élections législatives au suffrage universel pour les hommes
Transfert du soldat inconnu à Bruxelles